Dans une tribune publiée après sa participation au Forum mondial Normandie pour la Paix, Elizeu de Oliveira Chaves Junior, chef de cabinet et chef adjoint du Bureau pour la Jeunesse des Nations unies, livre une réflexion profonde sur la construction de la paix. Il appelle à identifier des territoires emblématiques à travers le monde pour en faire des écoles de la paix destinées à la jeunesse.
La paix se construit sur le terrain
Le Forum mondial Normandie pour la Paix s'est tenu à Caen les 9 et 10 avril. Pour Chaves Junior, parler de paix sur un territoire marqué par la mémoire de la guerre rappelle que la paix se construit dans des lieux précis, avec des personnes précises, à partir d'histoires précises. Les conversations les plus décisives se tiennent souvent plus près du terrain que nous ne l'admettons.
Le mois de décembre 2025 a marqué les 10 ans de la résolution 2250 du Conseil de Sécurité des Nations unies, qui a reconnu les jeunes comme des partenaires légitimes pour la paix. Depuis, l'agenda s'est consolidé avec la résolution 2807 (2025). Pourtant, son centre de gravité demeure à New York, Genève et Vienne. Les résolutions parlent des jeunes comme d'acteurs de paix dans leurs communautés, mais l'architecture construite autour d'eux continue de s'adresser aux ministères des Affaires étrangères et aux missions permanentes.
L'importance de l'échelon local
La paix ne se fait pas seulement dans les hémicycles. Elle se fait ou se défait dans les rues, les écoles, les conseils municipaux confrontés à la diversité, à la marginalisation et aux ressentiments, et même pendant les repas de famille. Si la prochaine décennie de cet agenda veut produire des résultats, elle doit considérer l'échelon local et régional comme un véritable espace de construction de la paix, et non simplement comme le lieu de mise en œuvre de cette stratégie.
Le Bureau pour la Jeunesse des Nations unies a été créé en 2022 pour garantir que les jeunes soient systématiquement associés aux décisions relevant des trois piliers de l'organisation : paix et sécurité, développement durable et droits humains. La résolution 2807 a encouragé le Bureau à poursuivre sa collaboration avec les entités compétentes pour faire progresser l'agenda « Jeunesse, Paix et Sécurité ».
Pourquoi l'échelon local compte
Trois constats rendent cette approche cruciale. Premièrement, la paix est vécue avant d'être théorisée. Pour un jeune vivant dans une ville divisée, une région frontalière post-conflit ou une communauté confrontée aux déplacements climatiques, la paix se mesure à la qualité du trajet quotidien, au ton du débat civique, à l'existence d'espaces publics sûrs, à l'accessibilité de la justice. Les politiques nationales saisissent rarement cela ; les politiques mondiales ne le peuvent assurément pas.
Deuxièmement, les gouvernements locaux sont la représentation de l'État que les jeunes rencontrent réellement. Les maires, conseillers municipaux et agents territoriaux sont plus proches des jeunes que pratiquement toute autre autorité publique. Les villes et régions gèrent déjà des conseils de jeunesse, des commissions pour la paix et des plateformes interculturelles. Investir ici renforce ce qui existe déjà.
Troisièmement, la légitimité locale revêt une dimension supplémentaire. Les jeunes artisans de paix formés au plus près du terrain acquièrent une base sociale, un mandat enraciné dans des relations réelles et la crédibilité nécessaire pour faire remonter leur parole. C'est précisément ce dont les processus nationaux et multilatéraux ont le plus besoin.
Ce que démontre la Normandie
Le Forum mondial Normandie pour la Paix illustre, année après année, quelque chose d'important. Une région – non pas une capitale, non pas un siège international – accueille un dialogue mondial continu sur la paix, en y apportant sa propre histoire et en lui donnant un poids moral. La question est simple : que se passerait-il si cette initiative était multipliée, étendue et confiée aux jeunes ?
On peut imaginer un effort patient visant à identifier des territoires emblématiques à travers le monde – villes post-conflit, régions frontalières, centres urbains confrontés à la polarisation, lieux de réconciliation – et à faire de chacun d'eux une école de la paix pour sa propre jeunesse. Le contenu d'un tel travail n'a rien de mystérieux : une formation ancrée dans la pratique de l'analyse des conflits, de la médiation, de l'action non violente et du dialogue interculturel, enracinée dans les langues et les histoires de chaque lieu.
Considérer les villes et les régions comme des copropriétaires, plutôt que comme de simples lieux d'accueil, rendrait cette démarche durable. Les responsables locaux se réuniraient et porteraient le plaidoyer ; les autorités municipales intégreraient ce travail à leurs propres mandats ; des canaux feraient remonter les conclusions vers les parlements, les organisations régionales et les principaux organes des Nations unies. Ce qui émergerait avec le temps serait un réseau développé au service d'une culture de paix : un patient tissage entre les villes, les jeunes générations et les partenaires multilatéraux.
Une réflexion plutôt qu'un cadre de référence
La Charte des Nations unies s'ouvre sur ces mots : « Nous, peuples des Nations unies… » Quatre-vingts ans plus tard, les populations les plus souvent absentes des décisions relatives à la paix et à la sécurité sont les jeunes et les acteurs locaux. Réunir ces deux dimensions n'est pas une version allégée de l'agenda ; c'en est sans doute la frontière la plus décisive.
La tradition normande nous rappelle que le travail pour la paix est possible dans, et grâce à, un lieu particulier. Cette intuition mérite de voyager – pour faire des villes et des régions des écoles de paix pour leur propre jeunesse, et de cette jeunesse les interlocuteurs naturels des parlements, des gouvernements et des Nations unies elles-mêmes. L'avenir de l'agenda pour la paix ne s'écrira pas seulement dans les enceintes internationales. Il s'écrira, lentement et concrètement, là où les jeunes vivent réellement.
Le Forum mondial Normandie pour la Paix, organisé par la région Normandie les 9 et 10 avril 2026 à Caen, avait pour thème « (Des) Espoirs de Paix ». Cet événement rassemble responsables politiques, chercheurs, ONG et jeunes témoins engagés, avec un accent sur les tensions géopolitiques, le climat et les nouvelles formes de coopération internationale.



