Le gouvernement garantit que le financement nucléaire via le Livret A ne nuira pas au logement social
Nucléaire via Livret A : pas de menace pour le logement social

Le gouvernement rassure sur l'impact du financement nucléaire via le Livret A

Face aux inquiétudes exprimées par certains acteurs, le gouvernement et les bailleurs sociaux affirment avec force que l'investissement dans le nucléaire via le Livret A ne compromettra en aucun cas le financement essentiel du logement social. Cette annonce intervient alors que les livrets d'épargne sont appelés à financer à hauteur de 60% la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, un projet colossal estimé à 72,8 milliards d'euros.

Le rôle crucial de la Caisse des Dépôts dans la gestion de l'épargne

Actuellement, la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) centralise et administre près de 60% des fonds issus des livrets d'épargne des Français, le reste étant géré directement par les banques dans le cadre de contraintes légales strictes. Les montants en jeu sont véritablement astronomiques : à la fin du mois de janvier 2026, les épargnants détenaient pas moins de 447,8 milliards d'euros sur leurs Livrets A, 165,2 milliards sur les Livrets de développement durable et solidaire (LDDS), et 83,8 milliards sur les Livrets d'épargne populaire (LEP).

La CDC répartit cette manne financière en deux poches de taille approximativement égale, comme l'a précisé l'institution publique. Une moitié est destinée à des prêts à taux préférentiels, tandis que l'autre moitié est investie sur les marchés financiers, principalement dans des emprunts d'État, mais également dans des actions. Les prêts, qui peuvent s'étaler sur des durées allant jusqu'à 80 ans, servent avant tout à financer des projets d'intérêt général. En 2024, le premier bénéficiaire a été le logement social, avec 20,9 milliards d'euros, suivi de près par le secteur public local, qui a reçu 7,6 milliards d'euros.

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Les modalités précises du financement nucléaire

L'Élysée a officiellement annoncé jeudi soir que le fonds d'épargne financera effectivement à hauteur de 60% la construction des six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2. Jusqu'à présent, comme le souligne Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Épargne, le fonds d'épargne « pouvait éventuellement financer les PME, mais pas des entreprises de la taille d'EDF ».

Pour prêter ces milliards d'euros au géant de l'électricité sans pénaliser les bénéficiaires historiques de ses prêts, la CDC pourrait être amenée à modifier légèrement ses équilibres financiers. L'institution indique qu'elle pourrait éventuellement réduire à la marge ses placements financiers, mais elle assure avec conviction qu'à l'échelle des sommes colossales qu'elle gère, l'impact de ce nouveau prêt restera minime et contrôlé.

Ce financement innovant prendra la forme d'un prêt de très long terme accordé à EDF, assorti d'un prix de l'électricité plafonné à 100 euros le mégawattheure et d'une garantie solide de l'État. Cette garantie devra préalablement être validée lors du vote d'une loi de finances. Le projet reste toutefois soumis au feu vert indispensable de la Commission européenne, qui pourrait « tiquer » face à ces taux préférentiels accordés à une entreprise, au regard de la législation anticoncurrentielle en vigueur, comme le glisse Philippe Crevel.

Des garanties fermes pour le financement du logement social

L'introduction du nucléaire dans les financements des livrets était attendue de longue date, selon une source gouvernementale bien informée. Mais va-t-on manquer d'argent pour construire des HLM et répondre aux besoins criants ? L'exécutif se veut extrêmement rassurant sur ce point crucial. Le Fonds d'épargne participera activement au nucléaire « tout en assurant sa mission prioritaire confiée par la loi de financement du logement social », a promis jeudi le ministre de l'Économie, Roland Lescure, lors d'une déclaration officielle.

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Du côté des bailleurs sociaux, l'Union sociale de l'habitat (USH) a indiqué ne « pas avoir d'inquiétude particulière s'agissant de l'accès à la ressource ». Pour les épargnants eux-mêmes, cette nouveauté sera totalement indolore. « Le rendement est indépendant de la rentabilité des investissements », le taux du Livret A dépendant d'une stricte formule de calcul basée sur l'inflation et l'évolution globale des taux d'intérêt, rappelle avec précision Philippe Crevel.

L'UFC-Que choisir exprime toutefois certaines craintes, redoutant « un effet d'éviction, même indirect » sur la « mission » principale du livret A, qui est de « financer le logement social ». Pour Philippe Crevel, le nucléaire est toutefois plus « consensuel » que le secteur de la défense, que certains députés voulaient par le passé voir financé par les livrets d'épargne, un projet qui avait suscité des débats bien plus vifs.

Un contexte de collecte en mutation

Ce nouveau fléchage intervient à un moment de creux significatif pour la collecte. Avec la baisse du taux du Livret A, tombé à 1,5% au 1er février en raison du ralentissement marqué de l'inflation, les épargnants ont retiré 1,87 milliard d'euros de plus qu'ils n'en ont déposé en janvier, un record à la baisse inquiétant depuis 2009. Toutefois, la donne pourrait rapidement changer, avec « la guerre en Iran » qui « rebat les cartes », analyse finement Philippe Crevel. Un léger retour de l'inflation provoqué par le contexte géopolitique tendu pourrait faire grimper la rémunération du livret dès le mois d'août, et inciter fortement les ménages à remettre de l'argent sur leur livret, relançant ainsi la dynamique de collecte.