Nucléaire : Emmanuel Macron relance l'atome face aux crises géopolitiques
Nucléaire : Macron relance l'atome face aux crises

Le nucléaire français entre renaissance stratégique et défis industriels

La guerre en Ukraine de 2022 a provoqué un revirement complet de la politique énergétique française. Emmanuel Macron, qui envisageait auparavant de fermer la moitié des réacteurs nucléaires malgré les risques de dépendance au gaz, a opéré un virage à 180 degrés. Le président des « temps troublés » a désormais fait de la relance de l'atome une priorité nationale face aux réalités géopolitiques et économiques.

Un chantier industriel historique en Normandie

Pour symboliser cette nouvelle orientation, Emmanuel Macron a choisi un décor parlant : le site de Penly en Seine-Maritime, où doit s'ouvrir le plus grand chantier industriel français depuis trente ans. C'est là que se tiendra le cinquième conseil de politique nucléaire depuis la relance de 2022, et non à l'Élysée comme à l'accoutumée.

Sur cette falaise normande, les premières pelleteuses ont déjà commencé les travaux de terrassement pour accueillir la première paire de réacteurs EPR2. Sébastien Lecornu et plusieurs ministres se présenteront devant les 1 000 premiers ouvriers d'un chantier qui ne démarrera véritablement qu'en 2029, si tout se déroule comme prévu.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une séquence diplomatique et industrielle millimétrée

Deux jours avant cette visite, le 10 mars, Emmanuel Macron accueillait à Paris le deuxième sommet nucléaire international. Une soixantaine de pays et d'organisations financières y ont réaffirmé leur volonté de relancer l'énergie nucléaire civile. Cette double initiative s'inscrit dans un contexte particulièrement tendu : la nouvelle guerre au Moyen-Orient fait flamber les prix des hydrocarbures et met le détroit d'Ormuz sous pression, révélant la vulnérabilité énergétique de l'Europe.

Le programme EPR2 entre dans sa phase décisive. Le devis des trois premières paires de réacteurs, fixé à 72,8 milliards d'euros en valeur 2020, a été finalisé fin décembre. La Délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN) a mené ces derniers mois un audit détaillé qui sera présenté au président. L'objectif est clair : tout doit converger d'ici la fin de l'année pour permettre la décision finale d'investissement (DIF) tant attendue par toute la filière.

La fermeture du cycle du combustible : un enjeu de souveraineté

Ce conseil de politique nucléaire abordera surtout un sujet majeur, plus discret mais structurel : la fermeture du cycle du combustible d'ici 2100. Au printemps 2025, lors du précédent CPN, l'exécutif avait chargé la filière d'élaborer une feuille de route opérationnelle pour atteindre cet objectif ambitieux.

Le CEA, EDF, Framatome et Orano ont monté des groupes de travail dédiés qui fonctionnent de manière particulièrement fluide et opérationnelle. « C'est la première fois que nous travaillons ensemble de façon aussi fluide, et opérationnelle », confie un familier du dossier.

Fermer le cycle du combustible représente un objectif de souveraineté radical : il s'agit de s'affranchir à terme de tout approvisionnement en uranium naturel en faisant fonctionner les futurs réacteurs nucléaires français avec leurs propres déchets. La France dispose de quantités considérables de plutonium et d'uranium appauvri (plus de 300 000 tonnes) actuellement inutilisées.

Vers les réacteurs de quatrième génération

Aujourd'hui, le cycle est partiellement fermé : le combustible usé est retraité à La Hague, une fraction est recyclée sous forme de MOX, le reste est entreposé. Mais la fermeture complète du cycle nécessite des réacteurs de quatrième génération – des surgénérateurs à neutrons rapides capables de produire plus de matière fissile qu'ils n'en consomment.

« Cela suppose trois briques industrielles que la France ne possède pas encore simultanément : des usines pour fabriquer le combustible de 4e génération, des réacteurs pour l'utiliser, et des installations pour le retraiter à grande échelle », précise une source proche du dossier.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

La feuille de route présentée ce jeudi se veut beaucoup plus ambitieuse que le projet Astrid, démonstrateur surgénérateur abandonné en 2019. Elle couvre les trois dimensions industrielles avec un calendrier jalonné de validations et la construction d'un nouveau démonstrateur dont les arbitrages restent à rendre.

Un parc hybride pour la seconde moitié du siècle

Les scénarios envisagés tablent sur un parc nucléaire hybride dans la seconde moitié du siècle :

  • 25 % d'EPR2 de troisième génération
  • 75 % de réacteurs de quatrième génération

À cette proportion, le cycle du combustible peut être complètement fermé. « Il n'y a pas de verrou scientifique identifié. La physique est connue depuis Phénix et SuperPhénix. Ce qui reste à construire, c'est la faisabilité industrielle, et la volonté politique de financer sur plusieurs décennies un programme qui ne verra son terme sous aucun mandat en cours », explique une source impliquée dans les discussions.

L'horizon 2100 est désormais inscrit dans la stratégie nucléaire française. Un chantier au long cours qui engage le pays pour plusieurs générations, dans un contexte international de plus en plus incertain où la souveraineté énergétique devient un impératif stratégique majeur.