Le nucléaire civil fait son retour en Europe : une stratégie risquée selon Guillaume Duval
Dans une tribune publiée le 13 mars 2026, Guillaume Duval, coprésident du club Maison commune et ancien rédacteur en chef d'Alternatives économiques, tire la sonnette d'alarme. La volonté de la droite européenne, incarnée par Ursula von der Leyen, de relancer le nucléaire civil constitue selon lui une erreur stratégique majeure. Cette orientation, qui sacrifie le développement des énergies renouvelables, compromet sérieusement la transition énergétique et la sécurité du continent.
Un choix économique et écologique contestable
L'Union européenne et ses États membres disposent de ressources limitées. Ils ne peuvent simultanément accélérer le déploiement des énergies renouvelables et investir massivement dans de nouveaux réacteurs nucléaires. Or, aujourd'hui, les moyens de production renouvelables sont nettement moins chers et infiniment plus rapides à mettre en œuvre que le nucléaire.
Privilégier la relance du nucléaire revient donc à accepter de perdre du temps et de l'argent dans la course cruciale pour décarboner notre économie. Cette approche est d'autant plus absurde que les progrès technologiques, notamment la baisse du prix des batteries, réduisent considérablement le problème de l'intermittence des renouvelables.
L'indépendance énergétique : un argument fallacieux
L'argument phare des partisans du nucléaire – garantir l'indépendance énergétique de l'Europe – est qualifié par Guillaume Duval de « méga fake news ». L'uranium ne pousse pas dans les champs européens. 100% de l'uranium utilisé dans le nucléaire européen est importé, principalement de régions instables comme le Sahel, l'Asie centrale et, surtout, la Russie.
Plus du quart des combustibles nucléaires utilisés en France et en Europe provient d'un pays en guerre contre les valeurs démocratiques européennes. Par ailleurs, le nucléaire, par sa production constante, crée une illusion d'abondance qui freine les indispensables efforts de sobriété énergétique.
Des risques sécuritaires et environnementaux majeurs
La question des déchets nucléaires, dangereux pour des centaines voire des milliers d'années, n'est pas plus réglée aujourd'hui qu'à l'époque. Choisir le nucléaire, c'est léguer à nos descendants un fardeau toxique supplémentaire, un acte jugé « immoral et irresponsable » par l'auteur.
Dans un contexte géopolitique de plus en plus instable, marqué par la montée des extrêmes et la multiplication des conflits, augmenter le nombre de centrales nucléaires multiplie aussi les risques :
- Accidents liés à l'instabilité politique et sociale
- Cibles potentielles pour des actes terroristes ou des attaques ennemies
- Risques accrus de dissémination de matières radioactives et de prolifération nucléaire
Le seul avantage : éviter le syndrome NIMBY
Guillaume Duval concède un seul point aux partisans du nucléaire : le syndrome NIMBY (Not In My BackYard). Implanter quelques réacteurs dans des zones restreintes suscite moins de réactions négatives que de déployer des éoliennes et des panneaux solaires « un peu partout ». Mais cet avantage minime ne justifie en aucun cas, selon lui, d'accepter tous les inconvénients économiques, écologiques et sécuritaires énumérés.
En définitive, privilégier le nucléaire freine la transition énergétique, n'assure pas l'indépendance de l'Europe et représente une politique irresponsable pour la sécurité des citoyens et du continent. La véritable urgence reste le développement massif et accéléré des énergies renouvelables.



