Bruxelles opère un virage stratégique en faveur du nucléaire malgré les divisions européennes persistantes
Bruxelles change de ton sur le nucléaire, un virage stratégique

Un revirement stratégique de Bruxelles en faveur de l'atome

La Commission européenne opère un changement de cap significatif en réintégrant le nucléaire comme une composante clé de sa stratégie énergétique. Cette évolution marquée intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de flambée des prix des énergies fossiles, poussant Bruxelles à reconsidérer ses priorités.

Le nucléaire, une "erreur stratégique" à rectifier

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a publiquement qualifié la réduction de la part du nucléaire en Europe d'"erreur stratégique". Cette déclaration, prononcée lors d'un sommet du nucléaire à Paris, aligne Bruxelles sur la position de longue date de la France, fervente défenseur de l'énergie atomique sur le continent.

Ce virage sémantique fait écho aux récents propos du chancelier allemand Friedrich Merz, qui a lui-même exprimé des regrets concernant la sortie du nucléaire décidée par l'Allemagne après Fukushima. La Commission européenne mise désormais sur les technologies nucléaires innovantes, en particulier les petits réacteurs modulaires (SMR), plutôt que sur les grands réacteurs comme les EPR.

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Une course technologique contre la montre

Ursula von der Leyen affiche une ambition claire : rendre opérationnels des petits réacteurs modulaires d'ici le début des années 2030. Cette urgence s'explique par le retard pris par l'Europe face à la Chine et aux États-Unis dans ce domaine. Pour combler cet écart, la Commission souhaite stimuler les collaborations entre start-up européennes et accélérer les développements technologiques.

Plusieurs projets sont déjà en cours à travers l'Union européenne :

  • Fortum en Finlande
  • EDF en France
  • La start-up italienne Newcleo installée à Paris
  • La néerlandaise Thorizon
  • Eagles en Roumanie

L'objectif de l'UE est d'établir des standards communs pour éviter une fragmentation du marché et favoriser une approche coordonnée.

Des moyens financiers et des débats enflammés

Pour soutenir cette nouvelle orientation, Ursula von der Leyen a annoncé la création d'une garantie de 200 millions d'euros destinée à financer l'investissement dans le nucléaire innovant. Cette enveloppe, bien que modeste, proviendra des ressources générées par le système d'échange de quotas d'émission de CO2 (ETS), répondant ainsi indirectement aux critiques concernant le prix du carbone en Europe.

Malgré ces avancées, le nucléaire reste un sujet de division au sein des Vingt-Sept :

  • L'Allemagne s'est définitivement sevrée du nucléaire en 2023
  • L'Autriche maintient son opposition historique à l'atome
  • L'Espagne privilégie résolument les énergies renouvelables

Les statistiques d'Eurostat pour 2024 illustrent cette réalité : les énergies renouvelables représentaient 47,3% de la production électrique dans l'UE, contre seulement 23,4% pour le nucléaire.

Un équilibre délicat entre nucléaire et renouvelables

Neil Makaroff, expert en transition climatique au think tank Strategic Perspectives, rappelle que "à court terme, le gros du travail sur l'électrification passera par les renouvelables". Pourtant, le commissaire européen à l'industrie, Stéphane Séjourné, insiste sur la rupture des "tabous" concernant le nucléaire.

L'exécutif européen "assume d'intégrer pleinement le nucléaire dans sa stratégie industrielle et dans ses instruments de financement", une première selon lui. Une bataille législative s'annonce dans les mois à venir concernant la définition des énergies renouvelables, que la France souhaite élargir aux "énergies décarbonées" pour y inclure explicitement le nucléaire.

Ce repositionnement de Bruxelles marque donc un tournant dans la politique énergétique européenne, même si les énergies renouvelables resteront dominantes dans le mix énergétique des décennies futures. La question nucléaire continue de cristalliser les tensions entre États membres, entre ambitions technologiques et réalités politiques.

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