Liban : vivre sous la menace d'une guerre civile et du Hezbollah
Depuis le début du conflit au Moyen-Orient et l'implication du Liban, je reçois un flot incessant de messages d'amis étrangers, notamment de France, s'inquiétant pour le bien-être de ma famille et le mien. Mes réponses, invariablement, affirmaient que nous allions bien, que la situation était gérable, même si, en réalité, elle ne l'était absolument pas.
La vérité, c'est que cela n'allait pas pour les milliers de personnes contraintes à l'exode, pour les déplacés, les victimes, et ceux dont les maisons et villages ont été systématiquement rasés par l'armée israélienne. Pour nous, cependant, la vie pouvait sembler normale, car nous n'étions pas directement ciblés. Même en habitant une rue limitrophe des quartiers chiites bombardés, nous poursuivions notre quotidien.
Un sentiment de catastrophe imminente
Après les frappes aveugles et rageuses de l'aviation israélienne, qui ont détruit des quartiers supposés sûrs et causé un nombre effroyable de victimes, je persistais à dire que nous allions bien, principalement pour rassurer nos proches. Mais désormais, un sentiment de désastre imminent me hante, partagé par de nombreux Libanais, comme une ombre menaçante planant sur le pays.
L'obligation du vivre ensemble mise à mal
J'ai souvent souligné que le Liban n'est pas vraiment ce « message » de coexistence vanté par le pape Jean-Paul II. La cohabitation des communautés religieuses n'a jamais été un choix, mais une obligation imposée par l'histoire et la géographie.
Cette obligation a certes façonné un pays unique, produisant des résultats admirables malgré des divisions violentes et des conflits terribles. Ces conflits ont toujours émergé de la volonté d'une communauté de dominer les autres. Depuis la fin de l'occupation syrienne en 2005, c'est le Hezbollah chiite qui a pris le contrôle de l'État libanais, l'a noyauté et lui a imposé sa logique, déclenchant des troubles à peine contenus. Aujourd'hui, nous atteignons un point de rupture alarmant.
L'arrogance retrouvée du Hezbollah
Alors que l'on croyait le Hezbollah affaibli par sa défaite militaire de 2024, prêt à relâcher son emprise, on a découvert qu'il conservait une force de nuisance terrible. En ouvrant un front de soutien à l'Iran, négligeant les conséquences et affichant son inféodation à Téhéran, le parti a compromis tous les efforts de redressement du gouvernement né après la guerre de 2024.
Pire, il a retrouvé son arrogance et ses habitudes belliqueuses envers les autres communautés, menaçant même d'un chaos intérieur si le gouvernement entamait des négociations avec Israël pour mettre fin à une guerre qu'il a lui-même engagée. Une grande partie de la population souhaite ces négociations, mais craint une réaction brutale du Hezbollah, pouvant provoquer des troubles ou un renversement du gouvernement, entraînant une riposte du reste de la population.
Si les négociations échouent, la guerre avec Israël reprendra probablement avec une ampleur accrue, plaçant le Liban entre le marteau israélien et l'enclume du Hezbollah, alors que la moitié des habitants rejettent ce conflit et en deviennent plus hostiles au parti chiite.
Des appels au divorce de plus en plus nets
Ces craintes, bien que plausibles, restent des hypothèses. Le Liban a surmonté des situations similaires par le passé, grâce à un réalisme et une volonté de préserver la coexistence. Cependant, l'animosité actuelle entre citoyens n'est pas une projection : elle est bien réelle.
La communauté chiite soutient massivement le Hezbollah, renforcée par la brutalité de l'armée israélienne, qui a ravivé son rôle de « parti de résistance ». Face à eux, les autres communautés refusent de supporter les dérives meurtrières d'un parti qui ruine le pays pour servir l'Iran et a retrouvé son arrogance passée.
Les positions se durcissent en haine et détestation. Les appels au divorce, à la séparation ou à la partition du Liban se multiplient, sous le slogan « que chacun vive dans le pays qui lui ressemble », sans réaliser qu'un Liban divisé serait invivable.
Une impasse générale et la peur de la guerre civile
L'impasse est totale, les esprits s'échauffent, les échauffourées se multiplient dans les rues. Des amitiés se brisent, la rancœur atteint son paroxysme. D'où ce sentiment diffus de désastre à venir, qui pourrait éclater à la moindre étincelle, un désastre nommé avec un frémissement d'horreur : la guerre civile.
Ce frémissement est compréhensible. Rien n'est plus désespérant que de retomber dans les affres d'un cauchemar ancien, dont on avait eu tant de mal à se relever. Le Liban vit aujourd'hui sous la double menace d'un conflit externe et d'une fracture interne, avec l'ombre de la guerre civile planant sur son avenir.



