Au Liban, le débat sur une éventuelle normalisation des relations avec Israël, longtemps considéré comme un tabou absolu, connaît une évolution notable. Alors que le conflit israélo-arabe reste un sujet sensible, plusieurs voix s'élèvent pour remettre en question cette position traditionnelle.
Un contexte régional en mutation
Les accords d'Abraham, signés en 2020 entre Israël et plusieurs pays arabes, ont ouvert une brèche dans le front du refus. Bien que le Liban n'ait pas suivi cette voie, le contexte régional a changé. La guerre à Gaza et les tensions persistantes n'ont pas empêché certains intellectuels et hommes politiques libanais d'appeler à un dialogue avec l'État hébreu.
Des prises de position controversées
Le professeur Samir Kassab, figure de la société civile, a récemment publié un article dans un grand quotidien beyrouthin, plaidant pour une reconnaissance mutuelle. Sa position lui a valu des critiques acerbes, mais aussi un soutien inattendu de la part de jeunes Libanais lassés par les conflits. De son côté, l'ancien ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, a fermement condamné toute tentative de normalisation, rappelant l'attachement du Liban à la cause palestinienne.
Les réactions politiques et religieuses
Les partis politiques libanais sont divisés. Le Hezbollah, allié de l'Iran, reste farouchement opposé à toute relation avec Israël, tandis que certaines factions chrétiennes se montrent plus ouvertes. L'Église maronite, par la voix de son patriarche, a appelé à un débat serein, sans tabous. En revanche, le mufti de la République a réaffirmé la position officielle de refus.
Un débat qui gagne la société
Sur les réseaux sociaux et dans les médias, le sujet n'est plus systématiquement évité. Des émissions de télévision y consacrent des débats, et des sondages d'opinion commencent à paraître. Selon une enquête récente de l'Institut de sondage libanais, 30 % des personnes interrogées se disent favorables à une normalisation sous conditions, un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes.
Les enjeux économiques en toile de fond
La crise économique que traverse le Liban depuis 2019 pousse certains à envisager des solutions pragmatiques. Les partisans de la normalisation soulignent les bénéfices potentiels en termes d'investissements et de coopération technologique avec Israël. Les opposants, quant à eux, dénoncent une capitulation face à l'ennemi et un abandon de la souveraineté nationale.
Le gouvernement libanais, actuellement en caretaker, évite de prendre position. Le président de la République, Michel Aoun, a déclaré que toute décision sur ce sujet devait être collective et conforme aux intérêts nationaux. En attendant, le tabou se fissure, mais le chemin vers une normalisation officielle reste semé d'embûches.



