Nul n'était dupe des divergences entre Israël et les États-Unis, révélées au grand jour par quatre mois de guerre contre l'Iran. Mais les derniers développements sont une preuve de plus en ce sens. Alors que Donald Trump vient de signer un protocole d'accord avec l'Iran mercredi 17 juin, qui stipule entre autres l'arrêt des combats au Liban, et doit maintenant ouvrir la voie à 60 jours de négociations, Israël défie les États-Unis et continue de bombarder son voisin malgré les mises en garde répétées de Washington.
Israël continue de pilonner le Liban
Ce vendredi matin, l'armée israélienne a ainsi déclaré avoir mené des frappes pendant la nuit dans le sud du Liban, continuant "de frapper les terroristes du Hezbollah". Le ministère libanais de la Santé a annoncé qu'au moins 18 personnes avaient été tuées et 33 blessées lors de ces bombardements ayant touché 11 villes. "Nous ne quitterons pas la région [NDLR : le sud du Liban] tant que la sécurité d’Israël l’exigera", avait prévenu le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Ce vendredi toujours, l'État hébreu a aussi massivement bombardé la vallée de la Bekaa, dans l'est du Liban, après une attaque du Hezbollah ayant coûté la vie à quatre de ses soldats. "Le Liban tout entier doit brûler !", est allé jusqu'à déclarer le ministre israélien de la sécurité Itamar ben Gvir. Ajoutant : "Pour chaque larme versée par une mère israélienne, mille mères libanaises doivent pleurer".
Plus tôt cette semaine, le ministre des Finances - lui aussi connu pour ses positions suprémacistes - Bezalel Smotrich, avait qualifié l'accord qui se profilait entre Washington et Téhéran de "mauvais pour Israël et pour le monde libre tout entier, point final" et affirmé qu'Israël devrait poursuivre sa campagne contre l'Iran de "manière créative".
Washington hausse le ton
Du côté de Washington, les critiques se font de plus en plus virulentes envers le gouvernement israélien. Donald Trump a de nouveau appelé jeudi à un cessez-le-feu complet sur tous les fronts, y compris au Liban, et encouragé l'ensemble des acteurs de la région à respecter les conditions permettant la poursuite des négociations. Israël "se bat contre le Hezbollah depuis trop longtemps" et "trop de gens sont tués", avait-il déjà critiqué mardi, en marge du G7. "Vous n'avez pas besoin de détruire tout un immeuble à chaque fois que vous cherchez quelqu'un parce qu'il y a beaucoup de gens dans ces immeubles".
Son vice-président J.D. Vance a pour sa part adressé une réprimande d'une rare intensité aux critiques de l'accord. Alors que plusieurs ministres israéliens, les suprémacistes Ben Gvir et Smotrich en tête, fustigent un accord insuffisant pour freiner les programmes balistique et nucléaire iraniens, le vice-président américain a tenu à rappeler que les États-Unis étaient leur dernier allié de poids dans le monde. "Donald Trump est le seul chef d'État au monde à être favorable à la nation israélienne en ce moment", a-t-il déclaré jeudi. "Le problème d’Israël, ce n’est pas Donald Trump, et quiconque en Israël pense que son plus gros problème est le président des États-Unis doit se réveiller et prendre conscience de la réalité de la situation dans laquelle se trouve son pays".
Le vice-président américain a également tenu à rappeler que deux tiers des missiles abattus au-dessus d'Israël avaient été neutralisés par des armes de fabrication américaine. "Si j'étais membre du gouvernement israélien, je n'attaquerais peut-être pas le seul allié puissant qui me reste dans le monde", a-t-il fait valoir. À l'heure actuelle, les États-Unis fournissent à Israël environ 4 milliards de dollars d'aide militaire par an.
Dans une interview accordée au New York Times et publiée jeudi matin, J.D. Vance a critiqué directement Ben-Gvir et Smotrich. "Quelle est votre proposition concrète ? Vous êtes un pays de 9 millions d'habitants. Vous ne pouvez pas résoudre tous vos problèmes de sécurité nationale par la violence", s'est-il emporté. Et d'ajouter : "Je trouve toute cette agitation en Israël un peu étrange, car je pense qu'elle provient d'un climat de méfiance, or je pense que l'Amérique a gagné la confiance de cette région, du monde entier".
Israël peut-il faire capoter l'accord ?
Si Israël n'est pas partie prenante à l'accord, le cessez-le-feu au Liban est en revanche une condition sine qua non de celui-ci. Le chef de l’équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, s'est d'ailleurs montré ferme, sur le nécessaire respect des "lignes rouges" de l’Iran lors des futurs pourparlers avec les États-Unis, censés débuter ce vendredi en Suisse pour mettre en œuvre l’accord conclu mercredi, mais finalement reportés. La France, si elle a relativisé l’importance du report des négociations entre Washington et Téhéran, a en revanche rappelé Israël à cesser les hostilités au Liban.
Mais le gouvernement israélien fait la sourde oreille. Itamar Ben Gvir a déjà fait savoir qu'Israël ne serait pas lié par l'accord, restant une nation "indépendante et souveraine" et non soumise à Washington. "Nous aimons les États-Unis et sommes reconnaissants envers le président Trump", a-t-il écrit sur X en début de semaine. "Cependant, l'État d'Israël n'est pas une république bananière".



