Poutine et le rêve d'URSS : la guerre d'Ukraine comme croisade impériale
Guerre d'Ukraine : Poutine et le rêve d'URSS

Pour Vladimir Poutine, ce fut "la plus grande catastrophe géopolitique du siècle". L'effondrement de l'Union soviétique a marqué plusieurs générations et continue d'habiter l'imaginaire russe et occidental. D'où l'obsession du chef du Kremlin : rembobiner le fil de l'histoire pour restaurer cette "Russie historique", avec ses territoires pré-1991. L'un de ses conseillers a même osé l'année dernière dire que non, l'URSS n'était pas morte ! L'Ukraine est la dernière victime de ce révisionnisme historique, bombardée sans relâche depuis le 24 février 2022, sans qu'une majorité de Russes ne semblent s'en émouvoir.

"Les Russes ont le virus impérial dans le sang", tranche l'économiste Vladislav Inozemtsev, classé "agent de l'étranger" par la justice russe en mai 2023. Pour ce chercheur, le scénario d'un nouveau démantèlement semble peu probable... D'autant que les Occidentaux n'y œuvrent d'aucune façon. Entretien.

L'Express : Vladimir Poutine est dans la cinquième année de sa guerre contre l'Ukraine. Le 17 décembre dernier, il l'a présentée comme une croisade visant à enrayer le repli de la Russie post-soviétique. "Si la partie adverse et ses soutiens étrangers refusent d'engager des discussions de fond, la Russie libérera ses terres historiques par la force militaire", a-t-il affirmé. La Russie actuelle n'a-t-elle jamais cessé d'être un empire ?

Vladislav Inozemtsev : Sans aucun doute. La Russie se compose d'un centre (ou métropole) et d'une périphérie que l'on pourrait qualifier de différents types de "colonies" au sens européen du terme (tel qu'il était compris aux XIXe et XXe siècles). Ces territoires ont, dans la plupart des cas, été conquis par la force des armes et peuplés par des colons venus de la métropole, dans une mesure plus ou moins grande selon l'époque à laquelle ils ont été rattachés à l'empire. La nature impériale de la Russie n'a été remise en cause ni par les politiciens ni par les universitaires, et très peu de choses ont changé, que ce soit après la révolution bolchevique ou à la suite de l'effondrement de l'Union soviétique.

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Cette persistance de l'idéologie impériale explique en grande partie la guerre actuelle en Ukraine. Pour Poutine, il ne s'agit pas seulement de corriger une erreur historique, mais de rétablir une continuité territoriale qui, selon lui, est essentielle à l'identité russe. Le Kremlin instrumentalise le passé pour justifier ses ambitions présentes, tandis que la société russe, imprégnée de ce discours, semble peu encline à remettre en cause cette vision.

Inozemtsev souligne que l'Occident, de son côté, ne cherche pas à démanteler la Russie. Au contraire, les sanctions et les pressions diplomatiques visent à stopper l'agression, non à fragmenter le pays. Mais pour le Kremlin, toute critique est perçue comme une tentative d'affaiblissement, renforçant ainsi sa rhétorique nationaliste.

En conclusion, la guerre d'Ukraine est bien le symptôme d'un impérialisme russe jamais démenti. Tant que cette mentalité persistera, les conflits territoriaux risquent de se multiplier, avec des conséquences désastreuses pour la région et le monde.

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