Depuis le début de l'offensive israélienne, les habitants de la bande de Gaza sont plongés dans un état de peur et d'incertitude permanentes. Les témoignages recueillis par Libération décrivent une vie quotidienne marquée par les pénuries de nourriture, d'eau potable et de médicaments, ainsi que par les bombardements incessants.
Des conditions de vie dégradées
Selon les Nations unies, plus de 1,7 million de personnes, soit environ 80 % de la population de Gaza, ont été déplacées à l'intérieur du territoire. Beaucoup se sont réfugiées dans des écoles de l'UNRWA ou dans des hôpitaux, mais ces lieux ne sont pas épargnés par les frappes. "Nous n'avons nulle part où aller. Chaque jour, nous craignons pour nos vies", témoigne Ahmed, un père de famille de 35 ans, joint par téléphone.
Les pénuries alimentaires sont critiques. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté sur le risque de famine, avec seulement 10 % des besoins alimentaires quotidiens disponibles pour la population. Les boulangeries ont fermé faute de farine, et les marchés sont vides. "Nous mangeons une fois par jour, souvent des herbes cuites", raconte Fatima, une mère de trois enfants.
Un système de santé effondré
Le système de santé est en état de quasi-effondrement. Selon le ministère de la Santé de Gaza, plus de 22 000 personnes ont été blessées depuis le début du conflit. Les hôpitaux manquent de carburant pour les générateurs, de médicaments et de personnel. "Nous opérons sans anesthésie, avec des instruments non stérilisés", confie un chirurgien de l'hôpital Al-Shifa.
L'accès à l'eau potable est également un défi majeur. L'UNICEF estime que 70 % de la population n'a pas accès à une eau salubre. Les canalisations ont été endommagées par les bombardements, et le dessalement est impossible faute d'électricité. "Mes enfants ont la diarrhée à cause de l'eau polluée. Je ne peux pas les soigner", déplore Oum Khaled.
L'impact psychologique
Au-delà des besoins matériels, l'impact psychologique est immense. Les psychologues de l'ONG Médecins sans frontières (MSF) rapportent une augmentation des troubles de stress post-traumatique, notamment chez les enfants. "Les enfants ne parlent plus, ils ont des cauchemars, certains refusent de manger", explique un psychologue de MSF. Selon l'UNICEF, plus de 500 000 enfants ont besoin d'un soutien psychosocial.
Les frappes aériennes sont constantes. "Nous ne dormons plus, nous sursautons au moindre bruit", confie Youssef, un habitant de Gaza City. Les coupures de communication rendent difficile l'information des proches. "Je ne sais pas si ma sœur est encore en vie", ajoute-t-il.
Un avenir incertain
Les perspectives de cessez-le-feu restent floues. Les négociations sont au point mort, et les deux camps campent sur leurs positions. "Nous ne voyons pas de fin à ce cauchemar", résume un responsable de l'UNRWA. La communauté internationale est appelée à agir, mais les appels à un cessez-le-feu restent lettre morte.
Les Gazaouis vivent dans l'attente du prochain bombardement, sans savoir s'ils survivront à la nuit. "Nous n'avons plus d'espoir, seulement la peur", conclut Ahmed.



