Dan Diner : le retour de l'impérialisme russe replace l'Allemagne au centre de l'Europe
Dans un entretien au Monde, l'historien allemand Dan Diner, spécialiste de l'histoire européenne et du national-socialisme, livre une analyse percutante des bouleversements géopolitiques provoqués par l'invasion russe de l'Ukraine. Pour lui, ce conflit replace l'Allemagne au cœur de l'Europe, non plus comme une puissance hégémonique, mais comme un acteur central dans la réorganisation du continent.
Un retour de l'impérialisme russe
Dan Diner souligne que l'offensive russe marque un retour à une forme d'impérialisme classique, rappelant les ambitions territoriales des empires du XIXe siècle. Il estime que la Russie de Vladimir Poutine cherche à restaurer une sphère d'influence sur les anciens territoires soviétiques, ce qui bouleverse l'ordre européen établi après la guerre froide.
Selon lui, ce phénomène replace l'Allemagne dans une position délicate. D'un côté, Berlin doit assumer un rôle de leader dans la défense de l'Europe, mais de l'autre, elle doit composer avec son passé historique et les craintes de ses voisins. L'historien rappelle que l'Allemagne a longtemps été au centre des conflits européens, et que son nouveau rôle pourrait être source de tensions.
L'Allemagne face à ses responsabilités
Diner insiste sur le fait que l'Allemagne ne peut plus se contenter d'une politique de puissance économique sans assumer de responsabilités militaires. La guerre en Ukraine a montré les limites de la diplomatie allemande et la nécessité de renforcer sa défense. Il note que le chancelier Olaf Scholz a annoncé un tournant historique avec un investissement massif dans la Bundeswehr, mais que cela ne suffit pas.
L'historien estime que l'Allemagne doit également repenser sa relation avec la France et les pays d'Europe centrale. Le retour de l'impérialisme russe crée une nouvelle dynamique où l'Allemagne, par sa position géographique et son poids économique, devient un pivot entre l'Est et l'Ouest.
Les leçons de l'histoire
Pour Dan Diner, l'histoire offre des parallèles éclairants. Il compare la situation actuelle à la période d'avant la Première Guerre mondiale, où les rivalités impériales ont conduit à un conflit dévastateur. Il met en garde contre une escalade militaire et appelle à une diplomatie prudente, tout en reconnaissant que la Russie ne semble pas prête à faire des concessions.
L'historien conclut en soulignant que l'Europe doit trouver un équilibre entre fermeté et dialogue. L'Allemagne, en tant que puissance centrale, a un rôle crucial à jouer pour éviter une nouvelle catastrophe. Mais cela nécessite une prise de conscience collective et une volonté politique forte.



