Cessez-le-feu en Iran : le projet controversé de péage dans le détroit d'Ormuz
Malgré un accord de cessez-le-feu de deux semaines entre les États-Unis et l'Iran, conditionné à la réouverture du détroit d'Ormuz, les tensions persistent autour de ce corridor maritime stratégique. Le président américain Donald Trump a évoqué la création d'une société commune avec Téhéran pour gérer la navigation dans le détroit, avec un système de paiement. Cette proposition a immédiatement été rejetée par l'Union européenne, qui défend la liberté de navigation.
Une situation toujours tendue dans le détroit
Mercredi, après l'annonce de la trêve, seuls quatre navires ont emprunté le détroit d'Ormuz, un chiffre bien inférieur aux 140 habituels, reflétant une prudence extrême des acteurs maritimes. Ce corridor est crucial pour le transport mondial, avec près de 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié qui y transitent. La désescalade reste donc relative, d'autant que des médias iraniens ont annoncé une fermeture temporaire du détroit, non confirmée par les autorités, en réaction à des bombardements israéliens au Liban.
Les gardiens de la révolution iraniens ont également imposé des routes alternatives le long des côtes iraniennes, justifiées par de possibles mines sur le trajet habituel. Cette mesure permet à Téhéran de conserver un contrôle sur le passage. Selon le Financial Times, l'Iran propose même un péage de 1 dollar par baril de pétrole transitant par le détroit, payable en cryptomonnaies, avec exemption pour les pétroliers vides. Un porte-parole iranien a justifié cette idée par la nécessité de surveiller les transferts d'armes pendant la trêve.
Trump favorable à une coopération avec l'Iran
Donald Trump a exprimé son soutien à l'idée d'une entreprise commune avec l'Iran pour sécuriser le détroit d'Ormuz. Sur ABC News, il a qualifié cette proposition d'excellente, évoquant des profits considérables. Sur sa plateforme Truth Social, il a assuré que les États-Unis aideraient à fluidifier le trafic, rappelant ses positions antérieures. Dès 2019, il remettait en cause la gratuité de la sécurisation des routes maritimes, s'interrogeant sur la protection offerte par les États-Unis sans compensation.
L'Union européenne et la France s'opposent fermement
L'Union européenne rejette catégoriquement toute idée de péage dans le détroit d'Ormuz. Anouar El Anouni, porte-parole de l'UE, a affirmé que le droit international consacre la liberté de navigation, sans paiement possible. Il a souligné que le détroit est un bien public pour l'humanité, où la navigation doit rester libre. Jean-Noël Barrot, chef de la diplomatie française, a martelé qu'un mécanisme de péage serait inacceptable, défendant les principes du droit maritime.
Le cadre juridique international en question
Le statut du détroit d'Ormuz repose sur le droit coutumier et la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer (CNUDM) de 1982. Cette convention garantit le droit de passage en transit pour les navires marchands dans les détroits internationaux. Un accord de 1975 entre l'Iran et Oman prévoit une surveillance conjointe, mais ne crée pas de régime particulier remplaçant la CNUDM. Oman, qui a ratifié la convention, a établi des voies de navigation sûres dans ses eaux territoriales.
En revanche, ni l'Iran ni les États-Unis n'ont ratifié la CNUDM. Téhéran pourrait ainsi arguer de ne pas être tenu d'appliquer ses règles, risquant de fermer le détroit sans violer formellement la convention. Cependant, cela entraverait le droit international coutumier, qui assure la liberté de navigation. Cette situation complexe souligne les défis persistants dans la gestion de ce corridor vital, malgré le cessez-le-feu récent.



