Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a annoncé ce mercredi un plan de régularisation massive de sans-papiers, qui pourrait concerner plus d'un million de personnes. Cette mesure, présentée comme une réponse à l'économie informelle et à la vulnérabilité des migrants, suscite déjà des réactions contrastées au sein de l'Union européenne.
Un plan sans précédent en Europe
Selon les chiffres officiels, l'Espagne compterait entre 500 000 et 800 000 travailleurs sans papiers. Le gouvernement estime que le nombre de demandes pourrait dépasser le million, incluant les familles des travailleurs concernés. Ce processus de régularisation, le plus important depuis 2005, s'étalera sur une période de six mois à compter de l'entrée en vigueur de la loi.
Le ministre de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, José Luis Escrivá, a précisé que les critères incluent une résidence continue en Espagne d'au moins deux ans, un contrat de travail ou une preuve d'activité économique, ainsi qu'un casier judiciaire vierge. Les demandeurs devront également justifier d'un logement et de moyens de subsistance.
Un objectif économique et social
Pedro Sánchez a justifié cette mesure par la nécessité de lutter contre l'emploi informel, qui prive l'État de recettes fiscales et expose les travailleurs à l'exploitation. "Nous ne pouvons pas accepter que des milliers de personnes vivent dans l'ombre, sans droits ni protection", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Madrid. Selon le gouvernement, la régularisation pourrait rapporter jusqu'à 2 milliards d'euros par an en cotisations sociales et impôts.
Les syndicats ont salué cette initiative, tandis que les organisations patronales restent prudentes. Le président de la CEOE, Antonio Garamendi, a estimé que "la priorité devrait être la formation des chômeurs espagnols".
Des critiques au sein de l'UE
Cette annonce a provoqué des réactions mitigées dans l'Union européenne. Plusieurs pays, notamment la France et l'Allemagne, ont exprimé leurs réserves, craignant un appel d'air pour l'immigration irrégulière. La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, a rappelé que les États membres conservent la compétence en matière de régularisation, mais a appelé à une approche coordonnée.
En revanche, des ONG comme Amnesty International ont salué la décision, estimant qu'elle "reconnaît la contribution des migrants à l'économie espagnole".
Un précédent contesté
L'Espagne avait déjà procédé à une régularisation massive en 2005, sous le gouvernement de José Luis Rodríguez Zapatero, qui avait concerné près de 700 000 personnes. Cette mesure avait été critiquée par l'opposition de droite, qui l'accusait d'encourager l'immigration clandestine. Aujourd'hui, le Parti populaire (PP) a annoncé qu'il saisirait le Tribunal constitutionnel si le décret était adopté, le jugeant "irresponsable et contraire au droit européen".
Le gouvernement de coalition de gauche, dirigé par Sánchez, dispose d'une majorité relative au Parlement. Il devra négocier avec ses partenaires, notamment Podemos et les indépendantistes catalans, pour faire adopter le texte. Le processus législatif pourrait prendre plusieurs mois.
Impact sur les secteurs clés
Les secteurs de l'agriculture, de la construction et des services à la personne sont les plus concernés par le travail informel. En Andalousie, en Murcie et en Catalogne, des milliers de travailleurs saisonniers sans papiers participent chaque année aux récoltes. "Sans eux, l'agriculture espagnole s'effondrerait", a affirmé le secrétaire général de l'Union des petits agriculteurs (UPA), Lorenzo Ramos.
Selon une étude de l'Institut national de la statistique (INE), près de 12% des travailleurs étrangers en Espagne exercent un emploi non déclaré. La régularisation devrait permettre de réduire ce chiffre et d'améliorer les conditions de travail.



