Viriliser la nation : comment Mussolini, Hitler et Pétain ont instrumentalisé le corps des hommes
Les régimes fasciste, nazi et vichyste ont fantasmé un mâle « régénéré » et « puissant », obsédé par le désir de se reproduire… quitte à encourager les infidélités conjugales. Par Le Nouvel Obs, publié le 8 mai 2026 à 17h00.
Les habitants de Rome le surnomment le « phallus d’État ». Au cœur de la Ville éternelle, devant le stade olympique, un obélisque de trente-six mètres de hauteur porte l’inscription « MUSSOLINI DUX ». L’érection, en 1932, de ce bloc de marbre de Carrare de 300 tonnes visait à démontrer la virilité spectaculaire du régime fasciste (1922-1943) et plus particulièrement de son chef, Benito Mussolini. L’étymologie s’en mêle aussi : là où les Grecs disaient phallos, les Romains utilisaient fascinus pour désigner le membre viril dressé – dont dérive le mot « fascisme ». Pour l’écrivain Pascal Quignard, la Rome antique « lia en un seul faisceau (“fascis”) la puissance sexuelle, l’obscénité verbale et la domination phallique » (le Sexe et l’Effroi, Gallimard, 1994).
À quelques pas de l’obélisque se dressent une soixantaine de colosses de quatre mètres de haut. Ces statues d’athlètes célèbrent la jeunesse et la puissance physique. Contrairement aux figures de la statuaire grecque, en quête d’équilibre, celles-ci en rajoutent dans la force brute : muscles hyper développés, postures dominatrices. Cette esthétique virile n’est pas anodine : elle reflète l’idéologie fasciste qui place le corps masculin au centre de la régénération nationale.
Le nazisme pousse cette logique encore plus loin. Adolf Hitler et ses idéologues prônent un homme « aryen », pur, fort, dévoué à la race et à la procréation. Les femmes sont cantonnées au rôle de mères, tandis que les hommes doivent être des guerriers et des géniteurs. Les infidélités conjugales sont tolérées, voire encouragées, si elles servent la cause raciale. Le régime nazi met en place des programmes d’eugénisme et de stérilisation forcée pour éliminer les « faibles » et promouvoir une descendance « saine ».
En France, le régime de Vichy, dirigé par le maréchal Philippe Pétain, reprend ces thèmes avec sa devise « Travail, Famille, Patrie ». La Révolution nationale prône le retour à la terre, la soumission des femmes et la virilité des hommes. Les discours officiels exaltent le corps masculin comme pilier de la nation, et les valeurs traditionnelles sont imposées par la propagande. Les hommes sont invités à se montrer forts, disciplinés, et à multiplier les naissances pour reconstruire une France « régénérée ».
Cet épisode de la série « 3000 ans de masculinité » explore comment les régimes totalitaires ont instrumentalisé le corps des hommes pour servir leurs idéologies. Il met en lumière les mécanismes de contrôle et de manipulation qui ont façonné les masculinités au XXe siècle, et dont les échos résonnent encore aujourd’hui.



