Ursula von der Leyen rêve d'une agence de renseignement européenne
Von der Leyen rêve d'une agence de renseignement de l'UE

Ursula von der Leyen sait se faire détester. En 2024, la présidente de la Commission européenne a relancé une idée explosive : doter l'Union européenne d'une agence de renseignement sur le modèle de la CIA. Cette conviction s'appuie sur un rapport commandé à l'ancien président finlandais Sauli Niinistö, dont la recommandation centrale est limpide : l'Europe doit se doter de sa propre agence pour combattre les menaces, les saboteurs et les agents étrangers.

Mais le projet se heurte à une réalité têtue : l'Europe compte déjà de très nombreux espions. Chacun travaille toutefois pour son propre pays, et non pour un intérêt commun. La mutualisation du renseignement entre les 27 États membres s'annonce particulièrement délicate.

Un rapport commandé à Sauli Niinistö

Le rapport Niinistö, remis à la Commission européenne, a été conçu comme une feuille de route pour la préparation civile et militaire de l'Europe. Parmi ses propositions figure la création d'une agence européenne de renseignement, une idée défendue avec force par Ursula von der Leyen. Selon elle, l'UE doit pouvoir identifier et neutraliser les menaces hybrides qui se multiplient : sabotage d'infrastructures, ingérence étrangère, espionnage économique, désinformation.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Cette recommandation s'inscrit dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, où les États membres se sentent vulnérables face aux puissances étrangères. La présidente de la Commission a donc décidé de porter cette ambition au plus haut niveau, quitte à susciter l'incompréhension ou l'opposition.

Des services nationaux nombreux mais éparpillés

La difficulté est connue : chaque État membre de l'Union européenne dispose de ses propres services de renseignement. Il existe actuellement des mécanismes de coopération, comme le Centre de situation et de renseignement de l'UE (INTCEN), chargé d'analyser les informations fournies par les pays. Mais ce centre ne mène pas d'opérations et ne peut pas être comparé à une agence comme la CIA.

Les services nationaux protègent jalousement leurs sources, leurs méthodes et leurs priorités. Les échanger est un exercice extrêmement sensible. L'idée d'une agence centralisée risque donc de se heurter à la souveraineté des États et à la défiance réciproque entre capitales européennes.

Une mutualisation délicate

Au-delà de la volonté politique, la mutualisation du renseignement soulève des questions pratiques. Les informations partagées pourraient être utilisées à des fins politiques par d'autres États. La confiance, indispensable dans ce domaine, fait souvent défaut. Historiquement, les pays européens privilégient des alliances bilatérales ou des accords restrictifs, plutôt qu'un système intégré.

Certains experts soulignent en outre qu'une agence européenne ne remplacerait pas les services nationaux, mais viendrait en complément. Il faudrait définir son mandat, ses moyens, et surtout garantir la protection des données les plus sensibles. Rien que cela justifie des années de négociations.

Des précédents limités

Il existe pourtant des précédents. Le groupe de Berne, par exemple, réunit les services de renseignement de nombreux pays européens pour échanger des informations sur les menaces communes. Mais il reste une enceinte informelle, sans pouvoir opérationnel. De son côté, Europol coordonne les enquêtes policières, sans avoir accès aux sources les plus sensibles du renseignement.

Contrairement à d'autres partenariats internationaux, l'Union européenne ne dispose pas d'un réseau de renseignement intégré. Les échanges passent le plus souvent par des canaux bilatéraux, négociés au cas par cas. C'est précisément ce que voudrait changer Ursula von der Leyen, mais l'ampleur de la tâche est considérable.

Une idée qui divise

Le projet porté par Ursula von der Leyen divise au sein même des institutions européennes. Certains y voient une avancée nécessaire face aux menaces venues de pays hostiles ; d'autres redoutent une centralisation excessive incompatible avec les traditions nationales. Le rapport Niinistö a au moins le mérite de lancer le débat, mais son application semble lointaine.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

En attendant, les espions européens continuent de travailler chacun de leur côté. L'idée d'une « CIA européenne » reste pour l'heure un rêve ou un cauchemar, selon le point de vue que l'on adopte.