Le 16 août 2025, Donald Trump a publié sur les réseaux sociaux une image de lui arborant sa célèbre casquette rouge floquée « Trump 2028 », accompagnée du commentaire : « Nous allons gagner ». Cette publication a suscité des interrogations parmi les spécialistes de la politique américaine, qui peinent à interpréter ses intentions. Alors que la Constitution américaine interdit formellement à un président de se présenter une troisième fois, plusieurs scénarios de contournement ont été évoqués.
Le 22e amendement, un obstacle constitutionnel majeur
L’interdiction pour un président d’être élu plus de deux fois, que les mandats soient consécutifs ou non, est inscrite depuis 1947 dans la Constitution américaine, avant sa ratification en 1951. Le 22e amendement stipule que « nul ne peut être élu à la présidence plus de deux fois ». Pour le contourner, la voie la plus directe serait de réviser cet amendement. « Rien ne s’oppose juridiquement à ce que le 22e amendement à la Constitution soit révisé », précise Julien Jeanneney, professeur de droit public à l’Université de Strasbourg et membre de l’Institut universitaire de France. Cependant, une telle révision nécessiterait un soutien de poids, notamment celui du « Congrès ainsi que les trois quarts des États », explique Maud Michaut, maîtresse de conférences en droit public à l’université Panthéon-Assas.
Le Congrès est actuellement contrôlé par le Parti républicain, celui de Donald Trump, mais cela ne garantit pas une marge de manœuvre suffisante. Les élections de mi-mandat prévues en novembre 2025 se présentent mal pour le camp républicain, ce qui pourrait compliquer toute tentative de révision.
Devenir vice-président ou président de la Chambre : des scénarios alternatifs
Le 22e amendement interdit d'être élu à la présidence plus de deux fois, mais il ne dit rien sur la possibilité d'accéder à la fonction par d'autres voies. Donald Trump pourrait ainsi devenir vice-président. S'il était choisi comme colistier par un futur candidat, par exemple JD Vance, et que ce dernier remportait l'élection, Trump deviendrait vice-président. Il lui suffirait alors de convaincre son associé de démissionner pour prendre sa place, le vice-président étant le numéro deux dans l'ordre de succession. Cependant, Donald Trump a déjà écarté cette option, peut-être en raison du débat autour du 12e amendement, selon lequel « pour se présenter comme vice-président, il faut être éligible comme président, ce qui pourrait être soumis à des interprétations », développe Maud Michaut.
Une autre option serait de se faire élire président de la Chambre des représentants. Bien que la Chambre n'ait toujours élu qu'un de ses membres à ce poste, cette possibilité, bien qu'improbable, n'est pas impossible. Dans ce cas, Donald Trump serait troisième dans l'ordre de succession, ce qui lui permettrait d'éviter le débat sur son inéligibilité.
Le « tour de passe-passe » de la double démission
Un autre scénario de contournement implique une double démission. Si le vice-président démissionne, le président peut choisir son nouveau vice-président, qui n'est alors pas élu. Ainsi, si le vice-président d'un président élu, comme JD Vance, démissionnait, ce dernier pourrait désigner Donald Trump comme remplaçant. Trump pourrait alors, à son tour, laisser son siège vacant. Ce « tour de passe-passe » a déjà été observé dans le passé, rappelle Julien Jeanneney dans un article publié sur son site : « Gerald Ford est devenu président, en août 1974, par l'effet d'une double démission ». Cependant, cette stratégie repose sur l'abnégation du complice, qui pourrait refuser de quitter le pouvoir une fois installé.
Passer outre la loi ou ne pas quitter le pouvoir
Donald Trump a une relation fluctuante, voire conflictuelle, avec le droit. Il a déjà prouvé par le passé qu'il n'hésitait pas à passer outre les lois, quitte à risquer des poursuites judiciaires, comme sur ses droits de douane. Il pourrait, une nouvelle fois, faire fi des règles et se représenter malgré l'interdiction. Dans ce cas, « ça sera à la Cour suprême de trancher, mais prendra-t-elle le risque d'interpréter ce texte, assez clair, autrement ? », s'interroge Maud Michaut.
Enfin, Donald Trump pourrait choisir de ne tout simplement pas quitter le pouvoir, en prétextant un argument quelconque pour appliquer la loi martiale. Dans ce cas, « le droit ordinaire ne s'applique plus », explique encore la maîtresse de conférences en droit public. Ce mécanisme a permis à Franklin Roosevelt, avant 1951, de rester plus longtemps que deux mandats. Même après l'entrée en vigueur du 22e amendement, d'autres présidents ont envisagé de se présenter une troisième fois, comme Richard Nixon, porté par un « mouvement défendant l'abrogation de l'amendement ». Son ambition a été avortée par le scandale du Watergate, rapporte Julien Jeanneney. Ces précédents montrent que d'autres, avant Donald Trump, ont espéré contourner la disposition constitutionnelle.



