L'idée d'une Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) sans la participation des États-Unis, autrefois considérée comme un tabou, fait désormais l'objet de débats sérieux au sein des capitales européennes. Alors que la guerre en Ukraine a ravivé les tensions avec la Russie, la question de l'autonomie stratégique de l'Europe se pose avec une acuité nouvelle.
Un scénario qui gagne en crédibilité
Selon une étude récente du Centre d'études stratégiques et internationales, 62 % des Européens estiment que l'Europe doit être capable de se défendre sans l'aide américaine. Ce chiffre, en hausse de 15 points par rapport à 2019, reflète une évolution significative de l'opinion publique. Pour certains experts, comme le général Jean-Pierre Bosser, ancien chef d'état-major de l'armée de terre française, l'Europe doit se préparer à un scénario où les États-Unis se désengageraient progressivement du continent.
Les défis d'une défense européenne autonome
Une OTAN sans l'Amérique impliquerait des investissements massifs. Actuellement, les dépenses de défense des pays européens de l'OTAN représentent environ 1,5 % de leur PIB, bien en deçà de l'objectif de 2 % fixé par l'Alliance. Pour compenser le retrait américain, l'Europe devrait augmenter ses budgets de 200 milliards d'euros par an, selon une estimation de l'Institut de l'économie pour la défense. De plus, des lacunes capacitaires majeures subsistent, notamment dans le domaine du renseignement, du commandement et du ravitaillement en vol.
Les implications politiques et militaires
Sur le plan politique, une OTAN sans les États-Unis renforcerait le rôle de la France et de l'Allemagne, mais pourrait aussi exacerber les divergences entre les États membres. Certains pays d'Europe de l'Est, comme la Pologne et les États baltes, restent profondément attachés à la présence américaine, qu'ils considèrent comme une garantie de sécurité face à la Russie. "Sans les États-Unis, l'Europe serait vulnérable", avertit un diplomate polonais sous couvert d'anonymat.
Vers une Europe de la défense ?
La Commission européenne a proposé en mai 2023 un plan visant à renforcer la coopération en matière de défense, avec un fonds de 10 milliards d'euros pour les capacités communes. Cependant, les progrès restent lents. Selon un rapport de l'Institut français des relations internationales, seulement 20 % des capacités militaires européennes sont interopérables. "L'Europe n'est pas encore prête à assumer seule sa défense", conclut l'analyste Camille Grand, ancien secrétaire général adjoint de l'OTAN.



