Hongrie : Viktor Orbán au bord de la chute après seize ans de pouvoir
Orbán au bord de la chute après seize ans de pouvoir

La fin d'une ère politique en Hongrie

Après seize années de règne ininterrompu, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán n'a jamais semblé aussi proche de quitter le pouvoir. Les élections législatives du 12 avril s'annoncent particulièrement serrées et pourraient marquer un tournant historique pour ce pays d'Europe centrale. Viktor Orbán pourrait participer ce jeudi 12 février à l'un de ses derniers Conseils européens en Belgique, alors que son avenir politique est plus incertain que jamais.

Un opposant crédible émerge

Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir, Viktor Orbán fait face à un adversaire crédible et populaire. Péter Magyar, un ancien allié représentant une droite plus classique, caracole en tête des sondages depuis près d'un an. Cette montée en puissance de l'opposition représente un défi sans précédent pour le leader populiste hongrois.

Conséquences majeures pour l'Union européenne

La chute potentielle de Viktor Orbán aurait des répercussions considérables sur l'équilibre politique de l'Union européenne, disproportionnées par rapport à la taille modeste de la Hongrie et ses 9,5 millions d'habitants. Ce serait l'échec d'un ennemi intérieur qui, tout en affichant son mépris pour Bruxelles, maintient des liens étroits avec le Kremlin et n'a cessé de perturber les travaux de l'UE, notamment concernant le soutien à l'Ukraine et les sanctions contre la Russie.

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Cette défaite représenterait également un désaveu du modèle de démocratie « illibérale » promu par Orbán, un système qui confine à l'autocratie. La mise au pas des médias, l'affaiblissement des contre-pouvoirs indépendants comme la justice, le redécoupage électoral et la discrimination des minorités, notamment la communauté LGBT, ont valu à la Hongrie de nombreux conflits avec la Commission européenne.

Les fonds européens gelés

Depuis fin 2022, l'Union européenne a gelé environ 20 milliards d'euros de fonds destinés à la Hongrie, exigeant des réformes pour rétablir un État de droit fonctionnel. Cette suspension financière, combinée à des problèmes structurels comme la corruption endémique profitant au clan Orbán et la dépendance énergétique envers la Russie, a contribué aux difficultés économiques qui pourraient précipiter la chute du Premier ministre.

Bien que l'inflation record qui a frappé le pays après la pandémie de Covid-19 (atteignant 25% en 2023) commence à se calmer, environ 60% des Hongrois estiment que « le pays se dirige dans la mauvaise direction », selon un récent sondage.

Un changement de politique étrangère

Si le programme de Péter Magyar demeure encore flou sur certains aspects, sa victoire impliquerait « un changement fondamental de la politique étrangère en Hongrie » vis-à-vis de l'Ukraine, de la Russie, et plus globalement un alignement plus étroit sur les partenaires européens, selon András Rácz, politologue au German Council on Foreign Relations.

Ce réalignement serait « politiquement nécessaire pour réaliser le premier objectif de politique étrangère de Péter Magyar : regagner l'accès aux fonds européens suspendus », explique l'expert. La question du rétablissement complet de l'État de droit reste cependant ouverte.

L'extrême droite européenne en question

La défaite d'Orbán, qui entretient également des liens avec l'entourage de Donald Trump, démontrerait que la progression des partis de la droite la plus dure en Europe n'est pas irréversible. Au-delà du symbole, les conséquences seraient concrètes pour cet écosystème que l'administration américaine cherche à soutenir en Europe, et dans lequel la Hongrie constitue une importante courroie de transmission.

À Bruxelles, le Fidesz d'Orbán dirige en sous-main les Patriotes pour l'Europe, le plus large groupe d'extrême droite de l'histoire du Parlement européen, théoriquement présidé par Jordan Bardella. Plus globalement, Budapest investit des millions pour propager son modèle, notamment via son nouveau think tank MCC Brussels, qui sert de pont entre les différentes familles de l'extrême droite européenne.

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Les élections du 12 avril détermineront non seulement l'avenir politique de la Hongrie, mais pourraient également redessiner les équilibres au sein de l'Union européenne et marquer un coup d'arrêt à la montée des populismes sur le continent.