Macron relance les eurobonds, l'Allemagne résiste et la France isolée sur la dette européenne
Macron relance les eurobonds, l'Allemagne résiste

Emmanuel Macron relance le débat sur une dette commune européenne

Le président français a réaffirmé ce mardi dans Le Monde sa volonté de créer des "eurobonds d'avenir" pour financer les investissements stratégiques de l'Union européenne. "C'est le moment de lancer une capacité commune d'endettement pour ces dépenses d'avenir", a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d'une mutualisation durable de la dette.

L'Allemagne et les pays du Nord freinent des quatre fers

Cette proposition se heurte immédiatement à la réticence de l'Allemagne et des nations septentrionales, attachées à l'orthodoxie budgétaire. Un haut responsable allemand a réagi en soulignant que le débat détournait l'attention des vrais enjeux, notamment les problèmes de productivité. Berlin, gardien traditionnel de la rigueur financière, rappelle son opposition historique aux eurobonds, symbolisée par la célèbre déclaration d'Angela Merkel en 2012 : "Pas tant que je serai en vie".

Cette culture allemande de la discipline budgétaire s'enracine dans les réformes douloureuses des années 2000, comme les lois Hartz, qui ont imposé des sacrifices à la société pour redresser l'économie. L'Allemagne estime avoir "fait ses devoirs" et exige que les autres pays en fassent autant avant toute mutualisation.

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Un contexte européen en pleine mutation

Pourtant, l'histoire récente montre que les tabous peuvent tomber. La pandémie de Covid-19 a conduit à la création de NextGenerationEU, un plan de 750 milliards d'euros financé par une dette commune, acceptée par Berlin dans un contexte exceptionnel. De même, l'invasion de l'Ukraine par la Russie a poussé l'Allemagne à suspendre son frein à l'endettement pour financer la défense et l'énergie, brisant ainsi ses propres dogmes.

Parallèlement, les clichés opposant un Nord vertueux à un Sud dépensier s'effritent. Des pays comme l'Espagne et le Portugal ont engagé d'importantes réformes structurelles, affichant aujourd'hui une croissance dynamique et une meilleure santé budgétaire. L'Italie et l'Allemagne se rapprochent même sur des questions de compétitivité, via l'axe Merz-Meloni.

La France de plus en plus isolée

Dans ce paysage, la France apparaît en retrait. Emmanuel Macron reconnaît lui-même que le pays "n'a jamais eu un modèle équilibré" comme les économies du Nord et n'a pas connu les réformes austères du Sud. Enlisée dans des débats budgétaires internes, comme la réforme des retraites, Paris peine à convaincre ses partenaires de s'endetter ensemble pour 1.200 milliards d'euros.

Une coalition de pays, incluant l'Estonie, la Finlande et les Pays-Bas, préfère mettre l'accent sur le marché unique et la mobilisation de l'épargne privée plutôt que sur la dette publique. Ainsi, la proposition de Macron ravive les tensions historiques entre solidarité financière et responsabilité nationale, laissant la France une fois de plus isolée dans les arcanes budgétaires européens.

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