Fréjus-Triberg : 60 ans d'amitié franco-allemande célébrés par une stèle
Fréjus-Triberg : 60 ans d'amitié franco-allemande sur une stèle

Dans le parc de la Villa Aurélienne, une stèle de granit discrète, ornée de deux blasons, rappelle plus de 60 ans d'amitié entre Fréjus et Triberg. Ce monument, inauguré en mai 2013 pour le 50e anniversaire du jumelage, incarne la réussite de la réconciliation franco-allemande d'après-guerre.

Une histoire débutée en 1963, au cœur de la réconciliation

Le 2 septembre 1963, André Léotard, maire de Fréjus, et Heinz Villinger, bourgmestre de Triberg, signent officiellement le serment de jumelage. La Seconde Guerre mondiale est terminée depuis moins de 20 ans, et le mur de Berlin vient tout juste d'être édifié. Quelques mois plus tôt, le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer ont signé le Traité de l'Élysée, scellant la réconciliation entre la France et la République fédérale d'Allemagne. Le jumelage entre Fréjus et Triberg s'inscrit directement dans ce mouvement.

Ce jumelage est parfois présenté comme l'un des tout premiers du pays, mais il arrive plus d'une décennie après le rapprochement entre Montbéliard (Doubs) et Ludwigsburg, située également dans le Bade-Wurtemberg. La particularité de l'histoire fréjuso-tribergoise réside dans le fait qu'elle n'est jamais restée cantonnée aux discours et cérémonies officiels.

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Des échanges scolaires au cœur de l'amitié

Fernande Vuillard, décédée en mars 2026, fut l'une des premières membres du Comité d'Accueil et de Jumelage de Fréjus. En 2023, elle racontait dans nos colonnes : « Avec ma sœur, on a suivi des cours et nous avons hébergé une famille de Triberg. On parlait surtout en anglais car, pour maîtriser l'allemand, c'est autre chose… » Elle estimait s'être rendue plus d'une vingtaine de fois dans la petite cité de Forêt-Noire. « Quand nous étions reçus là-bas, c'était un événement dans la ville et nous étions reçus comme des rois. Moi j'adorais manger de la truite », se souvenait-elle.

Les échanges scolaires, rapidement mis en place, permettent encore aujourd'hui à des collégiens et lycéens de Fréjus de séjourner chez leurs correspondants allemands. « Mes trois enfants sont allés à Triberg et ma fille est même devenue professeure d'allemand par la suite ! », s'amusait Fernande Vuillard. Des élèves du collège André-Léotard et du lycée Albert-Camus ont accueilli leurs homologues du Schwarzwald gymnasium de Triberg. Chaque année, une vingtaine d'adolescents Tribergeois profitent des joies de la baignade en Méditerranée et de la beauté des Gorges du Verdon, tandis que leurs correspondants fréjusiens découvrent la Cascade et la fabrique d'horloges à coucou de Triberg, visitent Stuttgart ou Freiburg im Breisgau et dégustent des Flammkuchen.

Un jumelage vivant, au-delà des cérémonies

L'histoire du jumelage ne manque pas d'anecdotes. Dans les années 1970, une délégation allemande, dont la femme du bourgmestre faisait partie, est venue assister à la bravade mais elle aurait été quelque peu surprise voire apeurée par les premiers coups de tromblons. Au fil des décennies, les traditions se sont mélangées : fanfares et costumes de la Forêt-Noire ont côtoyé tambourins et habits provençaux à plusieurs reprises.

En 2013, pour les 50 ans du jumelage, plus de 600 Tribergeois avaient fait le déplacement à Fréjus et un immense banquet avait réuni quelque 900 convives à la Base nature. Régulièrement, une délégation fréjusienne se rend en Allemagne pour participer au Volkstrauertag, la « Journée de deuil du peuple allemand », consacrée à la mémoire des morts de toutes les guerres. En retour, une délégation tribergeoise fait régulièrement le déplacement à l'occasion de la Fête de l'omelette géante.

En 2016, la stèle de la Villa Aurélienne avait servi de point de rassemblement pour rendre hommage aux victimes de l'attentat du marché de Noël de Berlin. La commune de Triberg recèle également une stèle dressée à l'occasion du 25e anniversaire du jumelage, en 1988, dédiée à la mémoire d'André Léotard. Aujourd'hui, la stèle de Fréjus symbolise une amitié ayant su dépasser les rancœurs du passé et matérialise six décennies d'échanges entre des familles, concrétisant une volonté de paix et de fraternité.

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