Dix ans après le Brexit : un appel à une coopération renforcée entre la France et le Royaume-Uni
Dix ans après le Brexit : coopération France-Royaume-Uni renforcée

Dix ans après le vote du Brexit, la France et le Royaume-Uni ont un choix à faire : gérer leur relation comme un après-divorce, ou en faire un pilier de la réponse européenne à un monde où la guerre est revenue sur le continent, où la compétition technologique redessine les rapports de force, et où les démocraties se fragilisent de l'intérieur. C'est cette conviction qui a réuni une vingtaine d'experts français et britanniques mi-juin, à l'initiative du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan, pour un premier "Dialogue stratégique franco-britannique". Leur conclusion est sans ambiguïté : Paris et Londres ont tout à gagner à coopérer plus étroitement, dans trois domaines précis : la défense, la technologie, la démocratie.

Renforcer la sécurité européenne

La guerre en Ukraine a démontré la pertinence d'une coopération franco-britannique renforcée en matière de défense. Elle doit aujourd'hui s'amplifier. Alors que la fiabilité de l'engagement américain ne peut plus être tenue pour acquise dans la durée, il revient aux deux puissances nucléaires du continent de renforcer leur rôle dans l'architecture de sécurité européenne, notamment en structurant un dialogue franco-britannique sur cet enjeu.

Les experts appellent à pérenniser l'esprit de la Coalition des volontaires en créant un véritable Conseil de sécurité européen, appuyé sur un noyau réunissant notamment Paris, Londres, Berlin, Rome et Varsovie. Il ne s'agirait pas de remplacer l'Otan ni l'Union européenne, mais de combler un vide : celui d'un lieu capable d'aligner rapidement les principales puissances militaires européennes, de fixer des priorités et de donner une cohérence politique aux initiatives existantes.

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Construire une souveraineté technologique européenne

Le Royaume-Uni et la France font face à la même évidence : l'Europe ne gagnera pas la bataille de l'intelligence artificielle et des technologies critiques en se contentant de réguler ce que d'autres produisent. Aujourd'hui encore, elle dépend d'acteurs extérieurs sur une trop grande partie de la chaîne de valeur technologique. Ces dépendances ne sont pas toutes problématiques ; elles le deviennent quand elles limitent notre liberté d'action.

Les experts proposent que Paris et Londres fassent de leur relation un pont entre le Royaume-Uni et l'Union européenne. Cela passe par quelques priorités concrètes : concentrer les efforts sur un nombre limité de technologies critiques, rapprocher davantage la recherche, les industriels et les investisseurs, et mieux coordonner nos politiques de sécurité économique.

Les deux pays disposent d'atouts largement complémentaires : excellence scientifique, industrie nucléaire, recherche en IA, cybersécurité, marchés financiers et capital privé. Ensemble, ils peuvent contribuer à faire émerger un écosystème européen capable non seulement d'innover, mais aussi de faire grandir ses entreprises. L'enjeu est clair : que l'Europe ne soit plus seulement le berceau de bonnes idées, mais aussi le lieu où elles grandissent, passent à l'échelle et deviennent des entreprises de rang mondial.

Renforcer la résilience démocratique

En France comme au Royaume-Uni, la défiance de la population à l'égard des décideurs atteint des niveaux préoccupants : seuls 13 % des Britanniques disent faire confiance au gouvernement ; selon Destin Commun, en France, huit citoyens sur dix considèrent les hommes et femmes politiques comme déconnectés de la réalité. Nos deux démocraties affrontent désormais des vulnérabilités largement communes : manipulation de l'information, polarisation, ingérences étrangères et affaiblissement de la confiance civique.

Là encore, les experts appellent à une coopération plus structurée. La France et le Royaume-Uni devraient créer un dialogue stratégique permanent sur la résilience démocratique, associant gouvernements, autorités électorales, régulateurs et services compétents. Il permettrait de partager analyses, bonnes pratiques et renseignements, de mieux coordonner la réponse aux ingérences étrangères ou privées et, à terme, de rapprocher les approches britannique et européenne en matière de régulation des plateformes numériques.

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L'objectif n'est pas de contrôler le débat public. Il est au contraire d'en garantir les conditions d'existence ! Protéger l'intégrité de l'espace informationnel, préserver le pluralisme et permettre aux citoyens de continuer à exercer librement leur jugement dans un environnement numérique devenu un terrain majeur de compétition stratégique.

Dix ans après le Brexit, la relation franco-britannique ne doit pas être pensée comme la gestion d'une séparation. Elle doit devenir l'un des instruments de la puissance européenne, dont l'UE reste le cœur. C'est sans doute la meilleure manière de tirer les leçons du référendum de 2016 : non pas revenir en arrière, mais construire, de part et d'autre de la Manche, les réponses que notre époque exige.

Signataires : Clément Beaune, Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan ; Yves Bertoncini, Consultant en Affaires publiques et européennes, Terra Nova ; Laura Chappell, Directrice associée pour la politique internationale, IPPR ; Laurence de Nervaux, Directrice exécutive, Destin commun ; Susi Dennsion, Directrice principale pour les talents et la transformation, Conseil européen pour les relations internationales, ECFR ; Alice Ekman ; Charles Grant, Directeur, Centre for European Reform (CER) ; Ben Judah, Chercheur et journaliste franco-britannique ; Jeanne Lebaudy ; Jean-François Lucas, Délégué général, Renaissance numérique ; Sébastien Maillard, Conseiller spécial, Institut Jacques Delors ; Sylvie Matelly, Directrice, Institut Jacques Delors ; Clare Melford, Co-fondatrice et PDG, Global Disinformation Index (GDI) ; Kathryn Nwajiaku-Dahou ; Jérôme Quéré, Délégué général, Confrontations Europe ; Mujtaba Rahman, Directeur général Europe et co-responsable du bureau de Londres, Eurasia Group ; Rosalind Roberts ; James Rogers, Co-fondateur et Directeur de la Recherche, Council on Geostrategy ; Grégoire Roos, Directeur Europe, Russie & Eurasie, Chatham House ; Dr. Mathilde Velliet, Chercheuse, Centre géopolitique des technologies, Ifri ; Pierre Vimont.