Une visite inédite du chef du renseignement américain à La Havane
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, a effectué jeudi un déplacement à La Havane pour une réunion exceptionnelle avec de hauts responsables cubains. Cette visite intervient alors que Cuba, soumis à un blocus pétrolier imposé par Washington, traverse une grave crise énergétique. Les autorités cubaines ont indiqué que cette rencontre visait à « contribuer au dialogue politique » entre les deux adversaires idéologiques, qui maintiennent des échanges malgré de fortes tensions.
La CIA a publié sur son compte X des photos de la réunion, montrant John Ratcliffe et sa délégation discutant avec des responsables cubains, dont Ramon Romero Curbelo, chef des renseignements du ministère cubain de l'Intérieur. Une réunion diplomatique de haut niveau avait déjà eu lieu à La Havane le 10 avril, marquant la première fois qu'un avion gouvernemental américain se posait dans la capitale cubaine depuis 2016.
Des échanges pour apaiser les tensions
Selon La Havane, les « éléments fournis par la partie cubaine et les échanges menés avec la délégation des États-Unis ont permis de démontrer catégoriquement que Cuba ne constitue pas une menace pour la sécurité nationale des États-Unis ». Cuba a également affirmé avoir prouvé « qu'il n'existe aucune base militaire ou de renseignement étrangère sur son territoire », en réponse aux allégations américaines concernant la présence de bases d'écoute chinoises.
Cette visite fait suite à la signature fin janvier par Donald Trump d'un décret présidentiel qualifiant l'île communiste de « menace extraordinaire » pour les États-Unis. Ce décret a justifié le durcissement des sanctions, notamment un blocus pétrolier de facto depuis janvier, avec des menaces de représailles contre tout pays fournissant du pétrole à Cuba.
Une crise énergétique et économique sans précédent
Le durcissement des sanctions américaines a provoqué une crise énergétique et économique majeure sur l'île de 9,6 millions d'habitants. Le réseau électrique reste dans un état critique, avec des pénuries de diesel et de fioul. Depuis fin janvier, un seul pétrolier russe chargé de brut a été autorisé à accoster, et sa cargaison est épuisée.
Des délestages pouvant durer plus de vingt heures ont provoqué des tensions sociales à La Havane dans la nuit de mercredi à jeudi, avec des habitants manifestant leur exaspération en tapant sur des casseroles. La situation s'est encore aggravée jeudi matin, avec la déconnexion du réseau électrique de sept provinces sur quinze. En fin de journée, quatre provinces n'étaient toujours pas reconnectées.
Panne de la centrale électrique principale
La compagnie électrique a annoncé que la centrale thermo-électrique Antonio Guiteras, située à une centaine de kilomètres de La Havane et principal fournisseur d'électricité du pays, est en panne en raison d'une fuite dans la chaudière. Cuba a déjà subi sept pannes généralisées depuis fin 2024, dont deux en mars.
Le gouvernement cubain s'est dit « prêt » à examiner une proposition d'aide financière de 100 millions de dollars de Washington, à condition qu'elle soit distribuée par l'Église catholique sans passer par le gouvernement. Le président Miguel Diaz-Canel a estimé qu'une levée du blocus serait une façon « plus simple » d'aider l'île.
Washington accuse Cuba d'une mauvaise gestion économique interne, tandis que La Havane dénonce un « blocus énergétique génocidaire ». Les États-Unis se sont félicités de la libération d'une dissidente, Sissi Abascal, condamnée à six ans de prison pour participation aux manifestations de juillet 2021, qui part en exil.



