Dix ans après le référendum de 2016, le Brexit continue de peser lourdement sur l'économie britannique. Selon une étude du Centre for European Reform (CER) publiée en juin 2026, la sortie de l'Union européenne a coûté environ 140 milliards de livres sterling (163 milliards d'euros) à l'économie du Royaume-Uni. Le produit intérieur brut (PIB) britannique est aujourd'hui inférieur de 5 % à ce qu'il aurait été si le pays était resté dans l'UE.
Un impact commercial durable
L'étude du CER, citée par Libération, montre que les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l'UE ont chuté de 15 % par rapport à un scénario sans Brexit. Les exportations britanniques vers le continent ont particulièrement souffert, avec une baisse de 20 % dans les secteurs les plus exposés, comme l'agroalimentaire et l'automobile. Selon John Springford, directeur adjoint du CER et auteur principal de l'étude, « le Brexit a créé des barrières commerciales permanentes qui réduisent la compétitivité des entreprises britanniques ».
Les nouvelles formalités douanières et les contrôles sanitaires ont augmenté les coûts pour les exportateurs. Une enquête de la Chambre de commerce britannique (BCC) indique que 60 % des entreprises exportatrices rencontrent encore des difficultés administratives liées au Brexit en 2026. Les petites et moyennes entreprises (PME) sont les plus touchées, certaines ayant dû renoncer à exporter vers l'UE.
Investissements en berne
L'incertitude liée au Brexit a également freiné les investissements étrangers directs (IDE) au Royaume-Uni. Selon les données de l'Office national des statistiques (ONS), les IDE ont chuté de 25 % entre 2016 et 2025 par rapport à la tendance précédente. Des secteurs clés comme la finance et la technologie ont vu des projets d'investissement se délocaliser vers des pays de l'UE, notamment Paris, Francfort et Dublin.
Le secteur financier, autrefois fleuron de l'économie londonienne, a perdu environ 7 000 emplois directs à cause du Brexit, selon une estimation de la City of London Corporation. De nombreuses banques et assurances ont transféré une partie de leurs activités et de leurs effectifs vers l'UE pour continuer à bénéficier du passeport financier européen.
Inflation et pouvoir d'achat
Le Brexit a également contribué à l'inflation au Royaume-Uni. La dépréciation de la livre sterling après le référendum a renchéri le coût des importations, ce qui a alimenté une hausse des prix à la consommation. Selon le Bureau de la responsabilité budgétaire (OBR), le Brexit a ajouté 0,5 point de pourcentage à l'inflation annuelle entre 2020 et 2025. Le pouvoir d'achat des ménages britanniques a ainsi été réduit d'environ 1 000 livres par an en moyenne, selon une étude de la London School of Economics (LSE).
Les consommateurs britanniques paient également plus cher certains produits alimentaires importés de l'UE, en raison des droits de douane et des coûts administratifs. Une analyse de l'association de consommateurs Which? montre que le prix du fromage français a augmenté de 15 % et celui du vin italien de 12 % depuis 2021.
Un bilan politique contrasté
Sur le plan politique, le Brexit a profondément divisé la société britannique et affaibli la position internationale du Royaume-Uni. Les partisans du Brexit, comme l'ancien Premier ministre Boris Johnson, avaient promis des bénéfices économiques rapides, mais ceux-ci ne se sont pas matérialisés. En 2026, un sondage YouGov révèle que 55 % des Britanniques estiment que le Brexit a été une mauvaise chose pour l'économie, contre 25 % qui le jugent positif.
Le gouvernement conservateur actuel, dirigé par le Premier ministre Rishi Sunak, tente de minimiser les dégâts en signant de nouveaux accords commerciaux avec des pays hors UE, comme l'Inde et l'Australie. Cependant, ces accords ne compensent que partiellement la perte d'accès au marché unique européen, qui représente 60 % des échanges britanniques.
Perspectives pour l'avenir
Les économistes estiment que les effets négatifs du Brexit persisteront à long terme. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le PIB britannique restera inférieur de 4 % à son potentiel d'ici 2030. Certains experts plaident pour un rapprochement progressif avec l'UE, notamment via une adhésion à l'union douanière ou au marché unique, mais cette option reste politiquement sensible.
En attendant, les entreprises britanniques continuent de s'adapter. Une enquête de la Fédération des petites entreprises (FSB) montre que 30 % des PME ont diversifié leurs marchés vers l'Asie et l'Amérique du Nord. Cependant, la majorité d'entre elles considèrent que les barrières commerciales avec l'UE restent leur principal défi.



