Le milliardaire américain Elon Musk, propriétaire du réseau social X (ex-Twitter), a une nouvelle fois utilisé sa plateforme pour donner une visibilité accrue à des influenceurs d'extrême droite français. Selon une enquête de Libération publiée ce jeudi, plusieurs comptes identifiés comme proches de la mouvance identitaire ont bénéficié d'une amplification algorithmique et de mises en avant directes par le patron de Tesla et SpaceX.
Des tweets partagés massivement
L'enquête révèle que depuis le début de l'année, Elon Musk a repris ou commenté au moins une quinzaine de publications émanant de ces comptes, cumulant plusieurs millions de vues. Parmi eux, des figures comme le polémiste Papacito ou le militant Damien Rieu, qui comptent des centaines de milliers d'abonnés. Ces partages interviennent alors que la France s'apprête à vivre une séquence électorale chargée.
Une stratégie assumée par le milliardaire
Contacté par Libération, un porte-parole de X a confirmé que M. Musk utilise régulièrement son compte personnel pour mettre en lumière des contenus qu'il juge pertinents, sans que cela ne reflète une prise de position officielle de la plateforme. Cependant, les experts en désinformation y voient une ingérence dans le débat public français. « C'est une forme de soft power numérique qui vise à influencer l'opinion, explique Caroline Girard, chercheuse à l'Institut des études politiques de Paris. En donnant une caisse de résonance à ces voix, Musk participe à la normalisation de leurs idées. »
Des réactions politiques
Cette nouvelle intervention a suscité de vives réactions dans la classe politique française. Le secrétaire d'État chargé du Numérique, Jean-Noël Barrot, a dénoncé « une ingérence inacceptable dans nos affaires intérieures » et a annoncé saisir la Commission européenne pour évaluer d'éventuelles violations du règlement sur les services numériques (DSA). De son côté, la présidente de la commission des Lois au Sénat, Muriel Jourda, a appelé à un renforcement des contrôles sur les algorithmes de recommandation.
Un précédent déjà documenté
Ce n'est pas la première fois qu'Elon Musk s'intéresse de près à la politique française. En 2023, il avait déjà suscité la polémique en rencontrant des figures de la droite radicale lors d'un déplacement à Paris. Plus récemment, en avril dernier, il avait partagé un tweet du leader de Reconquête, Éric Zemmour, sur l'immigration. Ces actions s'inscrivent dans une stratégie plus large de l'homme d'affaires qui n'hésite pas à utiliser son influence pour peser sur les débats politiques, notamment en Europe.
Les plateformes face à leurs responsabilités
Cette affaire relance le débat sur la responsabilité des plateformes dans la diffusion de contenus extrémistes. Alors que la France a adopté une législation stricte contre les discours de haine en ligne, les associations de lutte contre la désinformation appellent à une vigilance accrue. « Il est urgent que les autorités européennes obligent les réseaux sociaux à plus de transparence sur leurs algorithmes », souligne Sarah Durand, directrice de l'ONG Antidote. Selon une étude récente, plus de 30 % des contenus politiques partagés par des comptes français sur X proviennent de sources non vérifiées.
Une possible répercussion sur le scrutin présidentiel
À l'approche de l'élection présidentielle de 2027, ces manœuvres numériques inquiètent les observateurs. Une récente enquête d'opinion indique que 68 % des Français se disent préoccupés par l'influence des réseaux sociaux sur le vote. Les spécialistes redoutent que l'ingérence de personnalités comme Elon Musk ne contribue à polariser davantage le débat et à fragiliser la démocratie. Pour l'heure, le milliardaire n'a pas réagi aux critiques, mais ses partages continuent d'alimenter les conversations en ligne.



