Décryptage - À l'approche des élections de novembre aux États-Unis, des fonds versés par des lobbys pro-israéliens sèment la discorde au sein du parti démocrate. Dans 73 circonscriptions, des candidats du même bord s’affronteront même dans des duels fratricides.
Par Joanna Blain
Le 16 mai 2026 à 07h24
Fin avril à Detroit, la représentante Haley Stevens, candidate à la primaire démocrate pour le Sénat dans le Michigan, a été huée par des militants pour avoir reçu un chèque de l'AIPAC, puissant lobby américain pro-israélien. La scène vire au règlement de comptes. Détroit, dans le Michigan, le 20 avril. Veste bleue jetée sur les épaules, la démocrate Haley Stevens, élue de la Chambre des Représentants, grimpe sur scène pour défendre sa candidature au Sénat avant les élections de novembre. Les huées éclatent aussitôt. L’élue tente une dernière main tendue à son camp. « Démocrates, je vous aime, même lorsque nous sommes en désaccord. » Rien n’y fait. Sa voix se noie dans la vindicte. Lorsqu’elle quitte la scène, des militants lèvent le poing et scandent : « Honte à vous ! »
À l’origine de la tempête, un chèque devenu explosif. Près de 220 000 dollars (172 000 euros) versés à sa campagne par l'American Israel Public Affairs Committee, plus connu sous le nom d’AIPAC. Ce puissant lobby pro-israélien injecte des sommes massives dans les campagnes électorales américaines, et son influence grandissante provoque des fractures profondes au sein du parti démocrate. Alors que les primaires approchent, les candidats modérés soutenus par l'AIPAC s'opposent frontalement aux progressistes, qui dénoncent une ingérence dans les affaires intérieures du parti. Dans 73 circonscriptions, des duels fratricides opposeront des démocrates, illustrant une guerre d’influence qui pourrait redessiner la carte politique américaine.
Les critiques fusent de toutes parts. Des militants accusent l'AIPAC de favoriser des positions bellicistes au Proche-Orient et de détourner l'attention des priorités nationales comme la santé, l'éducation ou le climat. De leur côté, les partisans de l'AIPAC défendent un soutien indéfectible à Israël, arguant que la sécurité de l'État hébreu est une cause bipartisane. Mais cette stratégie semble de moins en moins efficace auprès d'une base démocrate de plus en plus sensible aux droits des Palestiniens. La polémique s'étend au-delà du Michigan : en Californie, à New York, en Pennsylvanie, des candidats progressistes se voient opposer des adversaires financés par le lobby, créant des tensions inédites dans le camp démocrate.
Les analystes politiques s'inquiètent des conséquences de ces divisions sur les résultats des Midterms. Si les démocrates perdent des sièges clés à cause de ces querelles internes, le parti risque de voir sa majorité affaiblie au Congrès. Certains appellent à une régulation plus stricte des financements de campagne, tandis que d'autres estiment que le parti doit clarifier sa position sur le conflit israélo-palestinien. Quoi qu'il en soit, l'argent des lobbys pro-israéliens est devenu un enjeu central de la campagne, et les fractures qu'il provoque pourraient bien déterminer l'issue des élections de novembre.



