Une campagne de propagande russe d'envergure sur Bluesky
Une vaste campagne de propagande russe a détourné des centaines de comptes influents sur le réseau social Bluesky. Les chercheurs de l'Université de Clemson, en Caroline du Sud, ont relié cette opération à l'Agence Social Design (SDA), basée à Moscou. Les cibles incluent des journalistes, des universitaires et des cinéastes.
Des comptes authentiques piratés pour diffuser des récits pro-Kremlin
Les comptes compromis ont été utilisés pour publier des messages hostiles à l'Ukraine. Cette méthode illustre comment les propagandistes pro-Kremlin cherchent de nouveaux moyens pour affaiblir le soutien occidental à Kiev, déjà en baisse. Contrairement aux campagnes précédentes, les auteurs ont piraté des comptes authentiques plutôt que de créer de faux profils.
Alex Ward, journaliste au Wall Street Journal, a témoigné sur Bluesky : "On dirait que quelqu'un est entré dans mon compte et a publié une histoire sur la France et l'Ukraine." La publication a été supprimée et le journaliste a repris le contrôle de son compte. Une base de données des comptes piratés incluait au moins un autre journaliste du même quotidien.
Jake Tucker, directeur éditorial de la conférence PC Gaming Show, a également été victime : "Mon compte Bluesky a été piraté et interdit, puis j'ai réussi à le récupérer." Parmi les autres comptes figurent ceux de la cinéaste Mary Beth McAndrews et de l'universitaire Ben Gilbert.
Une escalade dans les méthodes russes
Darren Linvill, chercheur à l'Université de Clemson, souligne : "Nous avons déjà vu des acteurs malveillants utiliser des comptes piratés, mais cela semble plus ciblé. Je n'avais jamais vu la Russie utiliser des comptes piratés à une telle échelle." Le nombre exact de comptes est inconnu, mais Linvill en a observé "au moins quelques centaines", le total réel étant probablement bien supérieur.
Bluesky a supprimé de nombreuses publications et suspendu des comptes jusqu'à ce que leurs propriétaires reprennent le contrôle. L'université attribue cette campagne à une opération du Kremlin nommée Matryoshka, basée sur l'usurpation d'identité. "Elle a volé les logos de médias, d'agences gouvernementales et d'entreprises privées, et utilisé l'IA pour cloner des voix", explique Joseph Bodnar, chercheur à l'Institut pour le dialogue stratégique (ISD).
Des conséquences et des sanctions
"Pirater des comptes pour publier du contenu sous l'identité d'autrui est une étape logique pour une opération disposant de nombreuses ressources, sans contrainte éthique", ajoute Bodnar. La SDA a été sanctionnée par les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni. Selon le ministère britannique des Affaires étrangères, elle "a reçu mission et financement du Kremlin pour mener des opérations d'ingérence visant à saper la démocratie et affaiblir le soutien à l'Ukraine".



