Le jeudi 9 juillet, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a annoncé l'expulsion d'Ivan Petrovich Gorbachev et de Mikhail Vasilyevich Astakhov, deux attachés militaires de l'ambassade de Russie en Italie. Ils doivent quitter le pays sous trois jours. Selon Rome, les deux hommes seraient impliqués dans une enquête du parquet de la capitale italienne visant deux anciens agents des services italiens soupçonnés d'avoir transmis des informations sensibles à Moscou.
Une affaire d'espionnage aux méthodes artisanales
L'affaire a débuté avec l'arrestation, mardi, de Gavino Raoul Piras, 59 ans, ancien membre des services de renseignement italiens parti à la retraite en 2012. Il est accusé d'avoir fourni des informations à un officier russe lié au GRU, le renseignement militaire de Moscou. Cinq autres personnes, dont plusieurs militaires italiens en poste dans des services sensibles, sont également visées par l'enquête.
Selon les éléments publiés par la presse italienne et internationale, Piras aurait travaillé avec plusieurs sources internes pour fournir des renseignements à ses interlocuteurs russes. Son avocat conteste toute trahison et affirme que les informations réunies par son client relevaient de sources ouvertes. Les juges italiens, eux, décrivent des documents classifiés, allant du "confidentiel" au "secret", et parfois marqués "NATO Secret".
Des rencontres filmées et des documents dans une cache murale
Le détail le plus frappant dans ce dossier tient à son côté artisanal. Les enquêteurs italiens auraient filmé et enregistré plusieurs rencontres entre Piras et Mikhail Astakhov. D'après les éléments rapportés, les demandes russes auraient parfois été remises sur de petits morceaux de papier lors de rendez-vous discrets, notamment près du lac de Bracciano, au nord de Rome. Une caméra cachée montrerait aussi Piras plaçant le téléphone de son interlocuteur dans un four à micro-ondes, vraisemblablement pour empêcher toute géolocalisation, tandis que des documents auraient été déposés dans une cache murale.
Des informations sensibles sur l'Otan et l'Ukraine
Derrière cette scénographie un peu datée, les informations recherchées par Moscou intéressent directement la sécurité européenne. Les documents évoqués portent notamment sur l'aide militaire à l'Ukraine, sur des systèmes de défense, de missiles et de drones, ou encore sur une mission de l'Otan en Bulgarie. Les Russes auraient également cherché à savoir ce que les services italiens connaissaient de leurs réseaux en Italie, y compris l'identité d'agents chargés de surveiller l'ambassade russe. Selon The Times, un dossier consulté par Piras aurait même contenu des informations sur des dizaines d'agents liés au renseignement britannique.
Une "guerre hybride" dénoncée par Rome
Antonio Tajani a choisi un vocabulaire très net. Selon lui, Moscou continue d'utiliser des "armes hybrides" contre l'Italie et l'Occident. Le ministre parle d'une ingérence "grave et inacceptable" pour les institutions italiennes et la sécurité nationale. Le ministre de la Défense, Guido Crosetto, a été encore plus direct, décrivant l'affaire comme "la pointe d'un iceberg gigantesque" dans une guerre hybride menée par des ennemis extérieurs et des intérêts personnels.
La Russie promet une réponse
Moscou, de son côté, promet une "réponse appropriée". L'ambassadeur russe à Rome, Alexeï Paramonov, a même choisi Telegram pour s'en prendre à la diplomatie italienne, accusée de vouloir limiter l'influence russe dans la péninsule. Il a ajouté que la Russie pouvait compter sur des dirigeants de la stature de Vladimir Poutine et Sergueï Lavrov, contrairement à l'Italie actuelle. Antonio Tajani a répondu que l'expulsion italienne reposait sur des faits, tandis qu'une éventuelle riposte russe relèverait de la vengeance politique.
Un précédent en 2021
L'Italie n'en est pas à son premier choc du genre. En 2021, deux diplomates russes avaient déjà été expulsés après l'arrestation de Walter Biot, officier de la marine italienne accusé d'avoir vendu à l'ambassade russe des documents italiens et de l'Otan. Dans le dossier Piras, les autorités italiennes rapportent même que le suspect se serait plaint de paiements trop faibles, évoquant des enveloppes de 4 000 euros, disant même qu'il "ne pouvait même plus se payer un café" après avoir payé ses propres sources. L'inflation affecte manifestement jusque dans les services secrets.



