Le président tunisien Kais Saied a ordonné, le 29 juin 2026, la dissolution de 190 associations, marquant une escalade sans précédent dans sa répression de la société civile. Parmi les organisations visées figurent des ONG de défense des droits humains, des associations de femmes et des groupes de lutte contre la corruption. Cette décision intervient alors que le pays s'enfonce dans une crise politique et économique.
Une attaque frontale contre les contre-pouvoirs
Selon un décret présidentiel publié au Journal officiel, les associations dissoutes sont accusées d'avoir « violé la loi sur les associations » et de s'être livrées à des « activités contraires à l'ordre public ». Le gouvernement affirme que ces organisations auraient reçu des financements étrangers illégaux et auraient cherché à déstabiliser l'État. Cependant, les dirigeants des ONG concernées dénoncent une « purge politique » visant à éliminer toute opposition.
« C'est un coup dur pour la démocratie tunisienne. Le président Saied cherche à éliminer les derniers espaces de liberté et de critique », a déclaré Amira Yahyaoui, présidente de l'ONG Al Bawsala, spécialisée dans la surveillance des institutions. « Nous assistons à une tentative de faire taire toute voix discordante. »
Les organisations ciblées
Parmi les 190 associations dissoutes figurent des organisations bien connues comme l'Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD), la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) et l'ONG de lutte contre la corruption I Watch. Ces groupes ont joué un rôle clé dans la transition démocratique post-2011. Selon des sources judiciaires, les biens de ces associations seront confisqués et leurs dirigeants risquent des poursuites pénales.
Le ministère de l'Intérieur a également annoncé l'arrestation de plusieurs militants, dont des avocats et des journalistes, accusés de « complot contre la sûreté de l'État ». Les autorités n'ont pas fourni de détails précis sur les charges retenues.
Une réaction internationale mesurée
La communauté internationale a réagi avec prudence. L'Union européenne a exprimé sa « profonde préoccupation » et appelé Tunis à respecter l'État de droit. Les États-Unis ont dénoncé une « atteinte grave aux libertés fondamentales ». Cependant, aucune sanction concrète n'a été annoncée.
« La dissolution de ces associations est un signal alarmant pour la démocratie en Tunisie », a déclaré un porte-parole du département d'État américain. « Nous exhortons les autorités tunisiennes à revenir sur cette décision et à garantir le respect des droits de l'homme. »
Un contexte de crise
Cette répression s'inscrit dans un contexte de crise économique aiguë, avec une inflation à 12 % et un chômage record. Kais Saied, qui a concentré tous les pouvoirs depuis 2021, justifie ses actions par la nécessité de lutter contre la corruption et de restaurer l'autorité de l'État. Ses opposants l'accusent de dérive autoritaire.
Selon un rapport de Human Rights Watch publié en mai 2026, plus de 200 ONG ont été fermées ou suspendues depuis l'arrivée au pouvoir de Saied. Le rapport note que « l'espace civique s'est considérablement rétréci, avec des arrestations arbitraires et des restrictions à la liberté d'expression ». Le président tunisien semble déterminé à poursuivre sa purge, malgré les critiques internationales.



