L'Union européenne a émis une recommandation forte visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les enfants de moins de 13 ans. Cette mesure, dévoilée dans un rapport publié par la Commission européenne, vise à renforcer la protection des mineurs face aux dangers du numérique, notamment le cyberharcèlement, l'exposition à des contenus inappropriés et l'exploitation des données personnelles.
Une recommandation basée sur des études
Selon le commissaire européen chargé de la protection des consommateurs, Didier Reynders, "les enfants de moins de 13 ans ne sont pas suffisamment matures pour naviguer sur les réseaux sociaux en toute sécurité". Il a souligné que des études récentes montrent que 60 % des enfants de 9 à 12 ans possèdent déjà un compte sur au moins une plateforme sociale, malgré les conditions d'âge fixées par les plateformes elles-mêmes.
Le rapport s'appuie sur des données de l'Agence européenne pour la sécurité des réseaux et de l'information (ENISA), qui indique que les enfants sont particulièrement vulnérables aux manipulations en ligne. "Les algorithmes des réseaux sociaux sont conçus pour capter l'attention, ce qui peut entraîner une dépendance précoce et des troubles du sommeil", a précisé le commissaire.
Un cadre réglementaire renforcé
Cette recommandation s'inscrit dans le cadre du Digital Services Act (DSA), qui impose déjà aux plateformes des obligations strictes en matière de protection des mineurs. La Commission propose désormais d'abaisser l'âge de consentement numérique de 16 à 13 ans, alignant ainsi les règles européennes sur celles de nombreux États membres. Actuellement, 12 pays de l'UE fixent l'âge à 13 ans, tandis que d'autres, comme la France, l'ont déjà abaissé à 15 ans.
La mesure prévoit également des sanctions financières pour les entreprises qui ne respectent pas ces obligations. Les amendes pourraient atteindre jusqu'à 4 % de leur chiffre d'affaires annuel mondial, conformément au DSA. "Nous devons faire respecter ces règles avec fermeté pour protéger nos enfants", a insisté Reynders.
Des réactions mitigées
Les associations de protection de l'enfance ont salué cette initiative, mais certains acteurs du numérique expriment des réserves. "Une interdiction pure et simple pourrait pousser les jeunes à utiliser les réseaux de manière clandestine, sans aucune protection", a déclaré un porte-parole de la Fédération européenne des associations d'entreprises de l'Internet. De plus, des experts en éducation numérique plaident pour une approche plus nuancée, combinant interdiction et éducation aux médias.
La Commission prévoit de lancer une consultation publique avant de finaliser la proposition législative. Si elle est adoptée, les États membres disposeront de deux ans pour transposer la directive dans leur droit national.



