Dans une tribune publiée le 13 juillet 2026, Dominique Sopo, président de SOS Racisme, revient sur ce qu'il qualifie d'« actualité délirante » autour du jeune Hamza, surnommé « la Douane ». Il estime qu'« une société qui tolère qu'un jeune de 14 ans », jouant avec un pistolet à eau, « puisse, du fait de ses origines, devenir un objet de haine est une société fort malade ».
La mécanique de la haine médiatique
Les faits initiaux se déroulent en pleine canicule sur le canal Saint-Martin, à Paris. Un garçon turbulent s'amuse à mouiller des passants avec un pistolet à eau et publie ses actions sur les réseaux sociaux, où il acquiert une certaine notoriété. Parfois, il demande 2 euros aux cyclistes (d'où le surnom de Hamza « la Douane ») sous peine de mouiller ceux qui refusent. Il est également accusé de vol de portable, accusation a priori non démontrée à ce stade.
Pour Dominique Sopo, « le délire commence lorsque Hamza 'la Douane' cesse d'être un individu singulier, avec sa jeunesse et la réalité de ses actes, pour se transformer en symbole médiatique de l'Arabe dont il faut prémunir le pays ». Il souligne que ce délire « naît des vieilles peurs et des vieilles haines à l'endroit des Arabes dont les stéréotypes qui les frappent – venus notamment des croisades, de la colonisation et de la guerre d'Algérie – les placent du côté de la violence, de la barbarie et du terrorisme ».
Le rôle des médias réactionnaires
Selon le président de SOS Racisme, « la phase délirante est construite par des acteurs aisément identifiables : les médias réactionnaires et conservateurs qui ont fabriqué une actualité autour du cas du jeune Hamza, en sachant que la haine allait trouver un espace de circulation dans le cloaque qu'est devenue la plateforme X et dans les recoins de quelques autres réseaux sociaux ». Il cite notamment CNews, qui a présenté le jeune Hamza comme « la terreur du canal Saint-Martin ».
Cette actualité ouvre selon lui deux opportunités. La première est celle de la revendication d'un droit à frapper les enfants. « Il ne faut pas beaucoup chercher sur les réseaux sociaux pour trouver des commentaires de 'braves gens' expliquant que, s'il n'en tenait qu'à eux, le jeune Hamza aurait reçu des claques ou une fessée », écrit Sopo, rappelant que « les mineurs sont des êtres de droit et, qu'à ce titre, les exactions corporelles ne sont pas autorisées à leur endroit ».
Racisme et prédestination
La deuxième opportunité, « solidement articulée à la précédente, c'est celle de pouvoir exprimer le racisme, comme passion à assouvir si l'on se place au niveau de l'individu ou comme ordre social à réaffirmer si, ce qui nous intéresse davantage, l'on se place au niveau de la société ». Sopo note que « Hamza n'est en effet pas vu comme un être singulier âgé de 14 ans dont le destin est ouvert vers une infinie de possibilités. Il est, chez beaucoup trop de commentateurs, un individu dont les actes présents – affreusement tordus et gonflés – annoncent des actes futurs bien plus terrifiants ».
Ces prévisions découlent souvent ouvertement du racisme (Hamza est un « bicot », un « Arabe », un être à renvoyer « au bled », une « racaille »). Parfois elles s'en défendent, mais « elles puisent à la même source : l'Arabe ne peut échapper à son destin, sauf à le remettre constamment à sa place ».
Le parallèle avec Nahel Merzouk et d'autres victimes
Quelques jours avant ce délire, SOS Racisme avait publié un communiqué commémorant les trois ans de la mort de Nahel Merzouk à Nanterre à la suite d'un tir policier. « Des masses de commentaires se portèrent immédiatement sous cette publication, se félicitant de la mort de Nahel avec un racisme à peine camouflé », rapporte Sopo. Il répond à ceux qui invoquent la délinquance : « Non, il s'agissait d'un jeune dont la vie a été interrompue prématurément. »
Il évoque également Toufik Ouanès, 9 ans, abattu à La Courneuve le 9 juillet 1983 par un voisin irascible qui trouvait que cet enfant faisait trop de bruit. « Était-il un délinquant ? » interroge-t-il. Et de conclure : « Lolita n'existe pas, sauf dans le regard du pédophile. La 'terreur du canal Saint-Martin' n'existe pas plus, sauf dans le regard du raciste. »
Cité en référence, Victor Hugo dans Les Misérables décrit l'enfant de Paris, dont il fera de Gavroche l'archétype : « il court, guette, quête, perd le temps, culotte des pipes, jure comme un damné, hante les cabarets, connaît des voleurs, tutoie des filles, parle argot, chante des chansons obscènes, et n'a rien de mauvais dans le cœur. C'est qu'il a dans l'âme une perle, l'innocence, et les perles ne se dissolvent pas dans la boue. »



