Mengistu Haile Mariam, surnommé le "négus rouge", a fui l'Éthiopie en 1991 après la chute de son régime communiste. Il vit depuis en exil au Zimbabwe, où il a été accueilli par Robert Mugabe. Malgré les appels à son extradition pour crimes contre l'humanité, il reste protégé par Harare.
Un exil doré à Harare
Installé dans une villa cossue de la banlieue d'Harare, Mengistu mène une vie discrète mais confortable. Selon des sources diplomatiques, il bénéficie de la protection des services de sécurité zimbabwéens. Sa présence est un sujet sensible dans les relations entre le Zimbabwe et l'Éthiopie, qui réclame toujours son jugement.
Les crimes du Derg
À la tête de la junte militaire du Derg de 1974 à 1987, puis président de l'Éthiopie jusqu'en 1991, Mengistu est accusé d'avoir ordonné la mort de centaines de milliers de personnes. La "Terreur rouge" (1977-1978) a fait au moins 500 000 victimes, selon des estimations d'organisations de droits humains.
Un tribunal éthiopien l'a condamné à mort par contumace en 2007 pour génocide et crimes contre l'humanité. Cependant, le Zimbabwe refuse de l'extrader, invoquant des raisons humanitaires et le principe de non-ingérence.
Un fantôme de la guerre froide
Mengistu reste un symbole des dictatures africaines de l'ère soviétique. Son refuge à Harare illustre les réseaux de solidarité entre anciens dirigeants autoritaires. "Il est un vestige de la guerre froide, protégé par un autre despote", analyse un chercheur spécialiste de la Corne de l'Afrique.
En 2023, le gouvernement éthiopien a relancé les demandes d'extradition, mais sans succès. Le Zimbabwe, sous sanctions internationales, utilise ce dossier comme monnaie d'échange diplomatique.
Quel avenir pour Mengistu ?
Agé de 87 ans, Mengistu voit sa santé décliner. Sa mort à Harare, sans avoir été jugé, serait une injustice pour les victimes, estiment des associations. "Tant qu'il vivra, les familles des disparus ne pourront faire leur deuil", déclare un porte-parole de l'Association des victimes de la Terreur rouge.



