Alors que le Kenya se prépare pour l'élection présidentielle de 2027, des organisations de défense des droits humains signalent une augmentation alarmante des disparitions forcées de militants politiques critiques envers le gouvernement. Selon un rapport publié par Human Rights Watch (HRW) le 2 juillet 2026, au moins 15 militants ont été enlevés depuis le début de l'année, dont la plupart restent portés disparus.
Des cas documentés par les ONG
L'ONG kényane Missing Voices a recensé 12 cas de disparitions forcées entre janvier et juin 2026, touchant principalement des jeunes activistes issus de mouvements d'opposition et de la société civile. « Ces personnes ont été arrêtées par des hommes en tenue civile, sans mandat, et depuis, leurs familles sont sans nouvelles », déclare Grace Mwangi, coordinatrice de Missing Voices. Les victimes incluent des membres du parti d'opposition Azimio la Umoja et des militants pro-démocratie.
Le gouvernement nie toute implication
Le gouvernement kényan, par la voix du porte-parole du ministère de l'Intérieur, a fermement nié toute implication dans ces disparitions. « Le Kenya est un État de droit. Si des arrestations ont eu lieu, elles suivent des procédures légales », a-t-il affirmé. Cependant, les familles des disparus affirment que les forces de sécurité sont responsables, citant des témoignages de voisins ayant vu des véhicules banalisés de la police emmener les militants.
Un contexte de répression accrue
Ces disparitions interviennent dans un climat de tensions politiques croissantes. Le président William Ruto, élu en 2022, fait face à une opposition de plus en plus virulente alors que la campagne pour 2027 s'intensifie. En mars 2026, une manifestation pro-démocratie à Nairobi a été dispersée par la police, faisant 3 morts et 50 blessés, selon Amnesty International. Les critiques accusent le pouvoir de museler l'opposition à l'approche du scrutin.
Des appels à une enquête internationale
La Commission kényane des droits de l'homme (KHRC) a demandé l'ouverture d'une enquête indépendante sur ces disparitions. « Nous appelons le gouvernement à coopérer avec les mécanismes internationaux, notamment le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées », a déclaré le président de la KHRC, John Kamau. Plusieurs ambassades occidentales ont également exprimé leur préoccupation, tandis que l'Union africaine a proposé une médiation.
L'impact sur la société civile
Les activistes kényans vivent dans la peur. « Chaque fois que je sors, je regarde par-dessus mon épaule », confie un militant d'Azimio la Umoja ayant requis l'anonymat. Les réseaux sociaux sont devenus un outil de traque : des comptes anonymes publient des listes de « cibles » présumées du gouvernement. En juin 2026, le blogueur Kevin Ochieng a été enlevé après avoir publié des critiques acerbes contre le président ; il reste introuvable.
Vers une crise humanitaire
Les disparitions forcées créent un climat de terreur qui paralyse l'engagement politique. Selon un sondage de l'institut Ipsos Kenya publié en mai 2026, 62 % des Kényans estiment que la liberté d'expression a diminué sous le gouvernement Ruto. Les familles des disparus, souvent sans ressources, se heurtent à l'inaction des autorités locales. « Mon fils a été enlevé il y a quatre mois. La police refuse d'enregistrer ma plainte », témoigne Esther Nyambura, mère d'un militant disparu.
La communauté internationale sous pression
Les États-Unis et l'Union européenne ont appelé le Kenya à respecter ses engagements en matière de droits humains. Le 30 juin, le secrétaire d'État américain Antony Blinken a déclaré : « Nous suivons de près la situation et exhortons le gouvernement kényan à garantir la sécurité de tous les citoyens. » Cependant, le Kenya est un allié stratégique dans la région, ce qui complique une réponse ferme. Le président Ruto doit se rendre à Washington en septembre 2026 pour un sommet bilatéral, et les ONG craignent que la question soit éludée.



