Iran : 31 exécutions en deux mois, une escalade répressive sans précédent
Iran : 31 exécutions en deux mois, escalade répressive

Pas un jour ne passe en Iran sans qu’un nouveau prisonnier soit exécuté. Mercredi 13 mai, Mohammad Abbasi, 55 ans, a été pendu dans la prison de Ghezel Hesar à Karaj pour « inimitié envers Dieu », après avoir été reconnu coupable du meurtre d’un policier en janvier 2026 à Malard, à l’ouest de Téhéran, à l’issue d’un procès inéquitable. Le même jour, Ehsan Afreshteh, 32 ans, diplômé en génie civil, a été exécuté à la prison d’Evin de Téhéran pour « espionnage » en faveur d’Israël, après avoir avoué sous la contrainte, selon des organisations de défense des droits de l’homme.

La veille, Abdoljalil Shahbakhsh, un prisonnier politique de la minorité baloutche arrêté lors du mouvement « Femme, vie, liberté » de 2022, a été pendu dans la prison de Zahedan, dans le sud-est de l’Iran, pour « rébellion armée » en lien avec l’attaque d’un commissariat et son appartenance au groupe djihadiste Ansar al-Furqan. Le jour même, il avait également fait des aveux à la télévision d’État. Lundi 11 mai, Erfan Shakourzadeh, 29 ans, étudiant chercheur en ingénierie aérospatiale, a été exécuté à Karaj pour « espionnage en faveur d’Israël et des États-Unis ». Dans une lettre posthume écrite en détention, il a déclaré : « J’ai été contraint d’avouer sous la torture et l’isolement pendant huit mois et demi. Ne laissons plus jamais une autre vie innocente être perdue dans le silence et l’ignorance. »

Des pendaisons à la chaîne

Depuis le 18 mars, au moins 31 personnes ont été pendues en Iran pour des motifs politiques : 14 manifestants du mouvement de contestation de janvier 2026, 11 membres des Moudjahidine du peuple, et six détenus accusés d’espionnage pour Israël, selon les données compilées par l’ONG Iran Human Rights. Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de cette organisation basée en Norvège, explique : « Depuis le début de la guerre, le régime utilise de plus en plus la peine de mort contre des manifestants, des opposants et des personnes accusées d’espionnage, alors qu’en temps normal, ces exécutions étaient plus rares en raison de leur coût politique élevé vis-à-vis de la communauté internationale. » Il dénombre encore une centaine de prisonniers politiques iraniens dans le couloir de la mort.

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« Pendant que les pays, notamment européens, se focalisent principalement sur la fin du conflit et ne réagissent que peu à l’exécution de prisonniers politiques, la République islamique en profite pour envoyer un message politique direct à la population afin d’instaurer la peur dans la société », poursuit-il. Depuis le déclenchement du conflit le 28 février, aucune manifestation de mécontentement populaire n’a été observée, malgré les appels du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.

La peine de mort, instrument de terreur

Avant même la guerre, le nombre d’exécutions était déjà alarmant. Au premier trimestre 2026, au moins 160 prisonniers ont été exécutés en Iran, selon l’ONG Hengaw. La majorité (57,5 %) concernait des meurtres, 24 % des infractions liées à la drogue et 6,25 % des prisonniers politiques. Mahmood Amiry-Moghaddam souligne : « Traditionnellement, la majorité des exécutions en Iran sont pour des crimes de droit commun, car le coût politique est moins élevé. Le régime utilise la peine de mort comme principal instrument pour instaurer la peur dans la société, car il est incapable de résoudre les problèmes quotidiens et manque de légitimité. »

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En 2025, l’Iran a exécuté au moins 2 159 personnes, soit une hausse de 122 % par rapport à 2024 (972 exécutions), selon Amnesty International. Ce chiffre est le plus élevé depuis 1981 et représente 80 % des exécutions mondiales recensées par l’organisation. Près de la moitié (998 cas) concernait des infractions liées aux stupéfiants, dont le nombre a doublé par rapport à 2024. Raha Bahreini, chercheuse à Amnesty International, déclare : « L’augmentation des exécutions liées à la drogue reflète un retour à une politique antidrogue meurtrière et défaillante. » Depuis l’arrivée de l’ultraconservateur Gholamhossein Mohseni Ejei à la tête de l’Autorité judiciaire en 2021, les exécutions pour trafic de stupéfiants sont passées de moins de 30 par an en 2020 à 505 en 2024. « Cette hausse accentue l’atmosphère générale d’intimidation, de répression et de peur au sein de la société », ajoute-t-elle.

Des procès inéquitables

Amnesty International note une hausse substantielle des exécutions entre juillet et décembre 2025 (+ 1 505, soit 130 %), après la guerre des douze jours menée par Israël en juin 2025. L’an dernier, deux manifestants du mouvement « Femme, vie, liberté » ont été pendus, et au moins treize personnes accusées d’espionnage pour Israël ont été exécutées, dont onze après la guerre. Raha Bahreini rappelle : « En vertu du droit international, la peine de mort est interdite pour espionnage, car cette infraction ne satisfait pas au seuil des crimes les plus graves. Des accusations vagues comme « collusion avec des États hostiles » ou « inimitié envers Dieu » violent le principe de légalité. Les exécutions pour espionnage ont systématiquement suivi des procès inéquitables devant les tribunaux révolutionnaires, qui manquent d’indépendance et s’appuient sur des aveux extorqués sous la torture. »

En janvier, deux mois avant l’entrée en guerre des États-Unis et d’Israël, le sort des manifestants iraniens semblait une priorité pour Donald Trump. Mais depuis le cessez-le-feu, les violations des droits de l’homme en Iran ont disparu des négociations, au profit du seul programme nucléaire et de la réouverture du détroit d’Ormuz.