Influenceurs et guerre à Gaza : le piège de l'engagement
Influenceurs et Gaza : le piège de l'engagement

Face aux pressions et aux critiques, les influenceurs français adoptent des stratégies contrastées pour aborder la guerre à Gaza, oscillant entre prudence, engagement assumé et risque de désinformation. Une étude récente du média spécialisé Journal FR révèle que 68 % des influenceurs français ont choisi de ne pas se prononcer publiquement sur le conflit, tandis que 22 % ont pris position, souvent de manière clivante.

Un silence stratégique pour préserver les partenariats

Selon l'étude, la majorité des influenceurs préfèrent le silence pour ne pas mettre en péril leurs contrats publicitaires. « Les marques sont devenues extrêmement sensibles à toute prise de position politique, et les influenceurs le savent », explique Marie Dupont, directrice de l'agence Influence Conseil, citée dans le rapport. Cette prudence se traduit par une absence de contenu lié au conflit sur les comptes de nombreux créateurs de contenu, qui continuent de publier des contenus lifestyle ou sponsorisés.

Parmi ceux qui choisissent de s'exprimer, certains le font de manière très engagée, comme l'influenceuse Leïla Benali, qui a publié une série de stories appelant à un cessez-le-feu immédiat. D'autres, à l'inverse, adoptent un ton plus neutre, se contentant de partager des informations générales sur la situation humanitaire. Cette diversité de réactions illustre la complexité du sujet pour des personnalités souvent peu habituées à traiter de géopolitique.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le risque de désinformation sur les réseaux sociaux

L'étude pointe également un risque accru de désinformation. « Beaucoup d'influenceurs relaient des images ou des informations sans vérifier leur provenance, ce qui peut contribuer à la propagation de fausses nouvelles », alerte Pierre Martin, chercheur en sciences de l'information, dans le rapport. Il cite l'exemple d'une vidéo prétendument filmée à Gaza qui a été largement partagée avant d'être démentie par plusieurs médias.

La pression est d'autant plus forte que les influenceurs sont suivis par des millions d'abonnés, notamment les plus jeunes, qui s'informent principalement via ces canaux. Selon l'étude, 45 % des 18-24 ans déclarent s'informer sur le conflit via les réseaux sociaux, contre 27 % via les médias traditionnels. Cette tendance accroît la responsabilité des créateurs de contenu, qui doivent jongler entre authenticité, éthique et impératifs commerciaux.

Des stratégies d'évitement et de temporisation

Face à ces défis, certains influenceurs optent pour des stratégies d'évitement : ils limitent les commentaires sur leurs publications, désactivent les notifications ou publient des messages ambigus. D'autres choisissent de temporiser, annonçant qu'ils prendront position « plus tard » ou « quand ils auront plus d'informations ». Cette attitude est perçue par certains observateurs comme une manière de gagner du temps tout en évitant de froisser les parties prenantes.

L'étude note enfin que les influenceurs les plus suivis sont paradoxalement les plus discrets, tandis que les plus petits comptes sont souvent plus prolixes. Ce constat suggère que la taille de l'audience influe directement sur le niveau de prudence. « Les gros comptes ont plus à perdre, ils sont donc plus prudents », résume Marie Dupont. Cette situation pourrait évoluer si les marques assouplissent leurs politiques, mais pour l'instant, le silence reste la norme dominante.

L'impact de ces stratégies est double : d'un côté, elles protègent les intérêts économiques des influenceurs, mais de l'autre, elles laissent un vide informationnel que les contenus non vérifiés tendent à combler. Les plateformes, comme Instagram ou TikTok, sont appelées à renforcer leurs systèmes de vérification des faits, mais leur efficacité reste limitée, selon les chercheurs. En attendant, la guerre à Gaza continue de polariser les communautés en ligne, et les influenceurs, qu'ils le veuillent ou non, jouent un rôle central dans cette dynamique.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale