Une nouvelle étude scientifique vient contredire l'hypothèse selon laquelle la décharge d'Ushuaia, en Patagonie argentine, serait à l'origine de l'épidémie de hantavirus qui a frappé la région en 2018-2019. Selon des chercheurs de l'Université de Buenos Aires et du Conseil national de la recherche scientifique et technique (CONICET), les rongeurs sauvages, et non les déchets, seraient les principaux vecteurs du virus.
Une épidémie meurtrière dans le sud de l'Argentine
L'épidémie de hantavirus a causé 34 cas confirmés et 12 décès dans la province de Terre de Feu entre novembre 2018 et mars 2019. La plupart des cas étaient concentrés autour d'Ushuaia, la capitale provinciale. Le virus, transmis par l'inhalation de particules provenant d'excréments de rongeurs infectés, provoque un syndrome pulmonaire sévère.
Initialement, les autorités sanitaires avaient pointé la décharge municipale d'Ushuaia comme source potentielle de l'épidémie, en raison de la présence de rongeurs. Cette hypothèse avait conduit à la fermeture temporaire du site et à des campagnes de dératisation.
L'étude écarte le rôle de la décharge
Les chercheurs ont analysé des échantillons de rongeurs capturés dans différents sites de la région, y compris la décharge. Leurs résultats, publiés dans la revue Emerging Infectious Diseases, montrent que le virus était présent chez des rongeurs sauvages, notamment le rat à collier (Oligoryzomys longicaudatus), mais pas chez les rongeurs de la décharge.
« Nous n'avons trouvé aucune preuve que la décharge ait joué un rôle dans la transmission du virus aux humains », explique le Dr. Maria Victoria Vadell, co-auteure de l'étude. « Les cas étaient plutôt liés à des expositions dans des zones rurales ou périurbaines, où les rongeurs sauvages sont plus abondants. »
Un impact sur la gestion de l'épidémie
Ces conclusions ont des implications importantes pour la prévention. « Il est crucial de comprendre que le risque ne vient pas des décharges, mais des habitats naturels des rongeurs », souligne le Dr. Vadell. Les autorités sanitaires recommandent désormais d'éviter les zones à végétation dense, de ventiler les bâtiments fermés avant de les occuper et de ne pas entrer en contact avec des rongeurs morts.
L'étude a également permis d'identifier les zones à risque autour d'Ushuaia, permettant de cibler les campagnes de prévention. « Nous pouvons maintenant concentrer nos efforts sur les zones où le virus circule réellement », conclut le Dr. Vadell.



