La découverte de nouveaux corps en Guinée renforce les soupçons d'exécutions extrajudiciaires, selon des informations rapportées par Le Monde. Ces corps, retrouvés dans la région de Kindia, seraient liés à la tentative de coup d'État de 2025. Les organisations de défense des droits humains exigent une enquête indépendante et transparente.
Des corps découverts dans un charnier présumé
Selon le journal Le Monde, des habitants ont signalé la présence de corps dans une fosse commune près de Kindia, à environ 135 kilomètres de Conakry. Les autorités locales ont confirmé la découverte, mais n'ont pas fourni de détails sur le nombre exact de corps. Des sources proches du dossier évoquent au moins une dizaine de corps, certains portant des traces de torture.
Cette découverte intervient après plusieurs mois de tensions politiques en Guinée. La tentative de coup d'État de 2025 avait été réprimée dans le sang, et des centaines de personnes avaient été arrêtées. Depuis, des familles de disparus affirment que leurs proches ont été exécutés sommairement par les forces de sécurité.
Des témoignages accablants
Des témoins ont rapporté au Monde avoir vu des véhicules militaires se rendre sur le site à plusieurs reprises au cours des derniers mois. « Nous avons vu des camions de l'armée venir ici la nuit, et le lendemain, il y avait des odeurs nauséabondes », a déclaré un habitant de la région, sous couvert d'anonymat. Ces témoignages concordent avec les accusations portées par des ONG locales et internationales.
Amnesty International et Human Rights Watch ont déjà documenté des cas d'exécutions extrajudiciaires en Guinée après la tentative de putsch. Selon ces organisations, au moins 150 personnes auraient été tuées par les forces de sécurité entre 2025 et 2026, sans aucune procédure judiciaire. Le gouvernement guinéen a toujours nié ces allégations, les qualifiant de « mensonges » et de « tentative de déstabilisation ».
Les autorités guinéennes sous pression
Face à ces nouvelles révélations, le gouvernement de transition dirigé par le général Mamadi Doumbouya est sous pression. La junte au pouvoir a promis d'ouvrir une enquête, mais les critiques dénoncent une manœuvre dilatoire. « Nous demandons une enquête internationale indépendante, car la justice guinéenne n'est pas en mesure d'enquêter sur ses propres forces de sécurité », a déclaré à Le Monde le porte-parole d'une coalition d'ONG locales.
Le contexte politique reste tendu. La Guinée est dirigée par une junte militaire depuis le coup d'État de 2021. La tentative de putsch de 2025 a encore fragilisé le régime, qui doit faire face à des sanctions internationales et à une crise économique. Les États-Unis et l'Union européenne ont réitéré leur appel à un retour rapide à l'ordre constitutionnel.
La société civile guinéenne se mobilise
La société civile guinéenne, bien que fragilisée, tente de se mobiliser. Des manifestations ont eu lieu à Conakry et dans d'autres villes pour exiger justice pour les victimes. Les familles des disparus, réunies au sein du collectif « Vérité et Justice », multiplient les actions pour faire pression sur les autorités. « Nous ne lâcherons pas, nous voulons savoir ce qui est arrivé à nos proches », a témoigné une mère de famille dont le fils a disparu en 2025.
Cette nouvelle découverte de corps pourrait relancer la procédure devant la Cour pénale internationale (CPI). La CPI avait ouvert un examen préliminaire sur la situation en Guinée en 2023, mais aucune enquête formelle n'a été lancée. Selon des experts juridiques, les preuves accumulées pourraient suffire à justifier une enquête approfondie.
En attendant, les corps découverts doivent être exhumés et identifiés, une opération délicate qui nécessite des moyens techniques et une protection des témoins. Les autorités guinéennes ont promis de coopérer, mais les doutes demeurent. La communauté internationale suit de près l'évolution de la situation, alors que la Guinée reste engluée dans une crise politique et sécuritaire majeure.



