Ce vendredi 28 août, le Groenland présente deux rapports très attendus sur la campagne de contraception forcée menée par le Danemark contre les Inuites entre 1960 et 1990. Ces documents examinent les violations des droits humains liées à des affaires où des femmes et des filles groenlandaises ont été contraintes de recevoir des dispositifs intra-utérins (DIU) et d'autres formes de contraception. Le résultat de ces rapports permettra de déterminer si ces actes constituent un génocide.
Une campagne de contraception forcée pendant 30 ans
Jusqu'en 1992, le système de santé du Groenland était contrôlé par le Danemark. Durant les trente années qui ont précédé, près de 4 000 femmes et filles inuites ont été forcées à poser un stérilet, en grande majorité sans leur consentement, ou celui de leurs parents si elles étaient mineures, explique TV5 Monde. Cette pratique a laissé un traumatisme profond chez de nombreuses personnes.
En 2024, Naaja Nathanielsen, députée représentant l'île arctique au Parlement danois, a lancé une commission chargée de faire la lumière sur ces pratiques d'une extrême violence et sur les « implications juridiques de cette campagne », notent nos confrères. « Pour nous, il s'agit d'essayer de comprendre notre Histoire. D'autres peuvent estimer que nous devrions simplement nous taire à ce sujet et essayer d'être conciliants, en raison de l'agressivité des États-Unis envers le Groenland », a-t-elle déclaré.
Une enquête intense et débattue
« Tout ce qui se passe actuellement entre le Danemark et le Groenland est scruté de près. Il y a une pression sur cette relation, donc bien sûr, dès qu'on commence à parler de génocide, cela accroît cette pression », rapporte l'historienne Astrid Andersen, chercheuse à l'Institut danois des études internationales (DIIS). L'enquête est intense et débattue, car les quatre experts indépendants chargés de rédiger le rapport ne s'entendaient pas sur l'approche à adopter concernant la campagne de contraception forcée. Résultat : deux rapports distincts ont été rédigés.
Après la remise des rapports au début de l'année au gouvernement, un examen externe a été effectué pour constater la méthodologie et juger les standards académiques des rapports durant l'enquête. « Les rapports n'auront aucun effet juridique strict. Toutefois, selon leurs résultats, ils pourraient entraîner des mesures politiques », a déclaré Sune Klinge, professeur associé spécialiste du droit constitutionnel à l'université de Copenhague, à Euronews Health.
Vers une indemnisation des victimes
Jeudi, le Parlement danois a par ailleurs donné son feu vert pour indemniser les victimes de la contraception forcée, une mesure voulue par la Première ministre danoise Mette Frederiksen. Elle-même avait présenté ses excuses officielles l'année dernière, devant plusieurs dizaines de victimes. Ces rapports pourraient donc avoir des conséquences politiques majeures, même s'ils n'ont pas de portée juridique directe.



