En Géorgie, la société civile, dernier contre-pouvoir face à un gouvernement de plus en plus autoritaire, est en proie à une répression systématique. Depuis l'adoption en 2024 de la loi sur les "agents de l'étranger", inspirée de la législation russe, les organisations non gouvernementales (ONG) et les militants sont pris pour cible. Tamar Gvaramadze, militante des droits humains, confie : "Je me prépare à être arrêtée à chaque instant."
Une loi liberticide adoptée sous les tensions
La loi oblige toute organisation recevant des financements étrangers à s'enregistrer comme "agent de l'étranger", sous peine de lourdes amendes et de poursuites pénales. Selon les autorités, elle vise à renforcer la transparence, mais les critiques y voient un outil de musellement. En 2024, des manifestations géantes ont rassemblé jusqu'à un million de personnes dans les rues de Tbilissi, la capitale, pour protester contre ce texte. Le gouvernement a réprimé dans le sang, faisant plusieurs blessés et des centaines d'arrestations.
L'étau se resserre sur les militants
Depuis, la répression s'est intensifiée. Nika Chitadze, activiste écologiste, raconte : "Mon téléphone est équipé d'une application qui envoie automatiquement ma localisation à mes proches, au cas où je serais arrêté." De nombreux militants ont été interpellés lors de rassemblements pacifiques, certains condamnés à de la prison ferme sous des prétextes fallacieux. Les perquisitions dans les locaux d'ONG se multiplient, et plusieurs organisations ont dû cesser leurs activités, faute de pouvoir se conformer à la loi sans perdre leur indépendance.
Un climat de peur généralisé
La société civile géorgienne, autrefois florissante et soutenue par l'Union européenne, est aujourd'hui asphyxiée. Les financements étrangers se tarissent, les volontaires se font rares. "Nous sommes le dernier rempart contre la dérive autoritaire", déclare une responsable d'une ONG de défense des droits des femmes, qui a requis l'anonymat par crainte de représailles. Selon un rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU, le nombre d'ONG actives en Géorgie a chuté de 40 % entre 2024 et 2026.
L'opposition politique réduite au silence
Au-delà des ONG, les partis d'opposition sont également sous pression. Plusieurs députés ont été privés de leur mandat, et des réunions politiques sont interdites. Le gouvernement justifie ces mesures par la nécessité de lutter contre les ingérences étrangères, mais les observateurs internationaux dénoncent une dérive autoritaire. L'Union américaine, par la voix de son porte-parole, a condamné "la répression disproportionnée et les violations des droits fondamentaux".
La résistance persiste dans l'ombre
Malgré tout, certains militants continuent de lutter, souvent dans la clandestinité. Des réseaux se mettent en place pour soutenir les familles des détenus politiques et organiser des actions de désobéissance civile. "Nous ne céderons pas", affirme Tamar Gvaramadze. "La Géorgie a connu des périodes plus sombres, et nous avons toujours su résister. Mais aujourd'hui, nous avons besoin de la solidarité internationale." Alors que le pays se prépare pour des élections locales en 2027, la question de l'avenir de la démocratie géorgienne reste plus que jamais incertaine.



