Tunisie : deux journalistes de l'Émission impossible restent en prison
Deux journalistes tunisiens restent en prison

Les journalistes tunisiens Mourad Zeghidi et Borhen Bsaïes resteront derrière les barreaux. La cour d'appel de Tunis a confirmé mardi 12 mai leur condamnation à huit mois de prison ferme, initialement prononcée en première instance fin janvier 2026. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un harcèlement judiciaire, affirmant que « c’est leur travail journalistique qui est à l’origine de ces poursuites ».

Une arrestation sous les caméras

Les ennuis judiciaires des deux hommes ont débuté le 11 mai 2024. Ce soir-là, une caméra de France 24 filme en direct l’interpellation de l’avocate et chroniqueuse Sonia Dahmani, figure médiatique connue pour son franc-parler. Elle est poursuivie pour avoir ironisé sur les déclarations présidentielles relatives à la politique migratoire. Mourad Zeghidi et Borhen Bsaïes, ses confrères de l’émission L’Émission impossible sur la radio IFM, sont arrêtés plus discrètement au même moment. Leur programme, très écouté pour sa liberté de ton, déplaisait au régime de Kaïs Saïed, qui a depuis obtenu sa suppression.

Le décret 54 comme fondement

Les premières poursuites se sont appuyées sur le décret 54, promulgué en septembre 2022 contre la cybercriminalité, pénalisant la diffusion de « fausses nouvelles » en termes vagues. Les deux journalistes ont été jugés ensemble, bien que leurs positions à l’antenne divergent, pour « fausses déclarations dans le but de diffamer autrui ». En première instance, ils écopent d’un an de prison ferme, ramené à huit mois en appel.

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À la barre, Mourad Zeghidi a conclu sa plaidoirie par « J’assume », une réplique devenue slogan dans les rassemblements pour la libération des journalistes. La Tunisie est passée de la 72ᵉ à la 137ᵉ place de l’indice mondial RSF de la liberté de la presse en cinq ans.

Du délit d’opinion au blanchiment

En décembre 2024, alors que leur libération approchait, un second mandat de dépôt leur a été signifié pour blanchiment d’argent et évasion fiscale. « C’est une procédure particulièrement opaque, où même la défense n’a qu’un accès très limité au dossier », confient les avocates françaises de Mourad Zeghidi, Mes Inès Daveau et Louise El-Yafi. Sa fille aînée, Yesmine Zeghidi, décrit une procédure vide : « Il y a plein de chiffres faux, des erreurs dans les procès-verbaux, le dossier ne tient pas la route. Et surtout, il n’y a aucune preuve de blanchiment d’argent. »

Cette pratique est devenue classique sous Kaïs Saïed : quand une procédure arrive à son terme, on en active une autre. « C’est encore pire que sous Ben Ali, parce qu’il y a une grande part d’arbitraire », explique Yesmine Zeghidi.

Exemples pour la profession

Pendant un an, la famille a multiplié les gestes de bonne foi, justifiant tous les mouvements sur les comptes depuis dix ans. En vain : les deux journalistes ont été condamnés pour ce qu’ils sont, des voix indépendantes, pour servir d’exemple. Avec Zied El-Heni, condamné le 7 mai à un an de prison pour avoir critiqué un verdict, ce sont trois journalistes que la Tunisie retient en prison.

Mourad Zeghidi partage une cellule avec trois autres détenus à la prison de la Mornaguia. Sa fille Yesmine jongle entre son alternance à Paris et les allers-retours en Tunisie ; sa sœur cadette a mis ses études entre parenthèses. La famille doit choisir entre un pourvoi en cassation et une demande de grâce auprès de Kaïs Saïed, le délai expirant ce vendredi 22 mai. À Paris, le Quai d’Orsay « échange » avec la famille, sans effet visible, la double nationalité du journaliste s’étant révélée un obstacle dans le dialogue bilatéral.

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