Les déclarations récentes du président ukrainien Volodymyr Zelensky ont ravivé des blessures historiques en Pologne, provoquant une vive réaction de Varsovie. Lors d'un discours, Zelensky a évoqué des événements liés à l'histoire commune des deux nations, notamment le massacre de Volhynie, un sujet sensible qui oppose régulièrement les deux pays.
Un discours qui ravive les tensions
Le 9 juillet 2023, lors d'une visite à Loutsk, dans l'ouest de l'Ukraine, Zelensky a déclaré que « les Polonais et les Ukrainiens doivent se souvenir de leur histoire commune, mais sans chercher à diviser ». Cette phrase, perçue comme une minimisation des crimes commis par l'Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA) contre les Polonais pendant la Seconde Guerre mondiale, a immédiatement suscité l'indignation à Varsovie. Le ministre polonais des Affaires étrangères, Zbigniew Rau, a qualifié ces propos de « dangereux » et a rappelé que « la Pologne n'oubliera jamais les victimes du génocide de Volhynie ».
Le massacre de Volhynie, une plaie toujours ouverte
Le massacre de Volhynie, perpétré entre 1943 et 1945 par l'UPA, a fait entre 60 000 et 100 000 victimes polonaises. Cet événement reste un point de friction majeur dans les relations bilatérales. Selon un sondage réalisé en juin 2023 par l'Institut de recherche polonais CBOS, 72 % des Polonais estiment que l'Ukraine ne reconnaît pas suffisamment sa responsabilité historique. Les propos de Zelensky, qui appelle à une « réconciliation sans repentance », ont donc ravivé ces tensions.
Un contexte géopolitique délicat
Ces tensions surviennent alors que la Pologne est l'un des principaux soutiens de l'Ukraine face à l'invasion russe. Varsovie a accueilli des millions de réfugiés ukrainiens et fourni une aide militaire cruciale. Cependant, les divergences historiques persistent. « Nous soutenons l'Ukraine aujourd'hui, mais nous ne pouvons pas ignorer les crimes du passé », a déclaré le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki lors d'une conférence de presse le 11 juillet. De son côté, Zelensky a tenté d'apaiser la situation en affirmant que « l'Ukraine est prête à discuter de tous les sujets, y compris les plus difficiles ».
Des réactions mitigées en Ukraine
En Ukraine, les propos de Zelensky ont été diversement accueillis. Certains historiens ukrainiens, comme Volodymyr Viatrovych, estiment que « le président a raison de ne pas s'excuser pour des actes commis par des groupes armés il y a 80 ans ». D'autres, en revanche, jugent que Kiev doit faire preuve de plus de sensibilité. « La Pologne est notre alliée la plus importante en Europe. Nous devons éviter de froisser leur mémoire collective », a déclaré l'analyste politique Olena Zerkal.
Quelles perspectives pour les relations bilatérales ?
Malgré ces tensions, les deux pays semblent vouloir éviter une escalade diplomatique. Une réunion entre les ministres des Affaires étrangères ukrainien et polonais est prévue pour la fin juillet 2023. Selon des sources diplomatiques, l'ordre du jour inclura notamment la création d'une commission historique commune chargée de réexaminer les événements de Volhynie. « Nous devons trouver un équilibre entre la vérité historique et les impératifs de la coopération actuelle », a confié un diplomate européen sous couvert d'anonymat.



