Zelensky limoge Syrsky, remplacé par le héros Drapaty
Zelensky limoge Syrsky, remplacé par Drapaty

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé mardi le limogeage d’Oleksandre Syrsky, remplacé par Mykhaïlo Drapaty, commandant des forces interarmées, comme nouveau commandant en chef de l’armée. Cette décision fait suite à des manifestations quotidiennes à Kiev, déclenchées par le départ forcé de l’ancien ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov le 15 juillet dernier, après seulement six mois de fonction.

Un remaniement pour apaiser la contestation

Le limogeage de Syrsky intervient dans un contexte de crise politique majeure. Fedorov, en conflit direct avec Syrsky qu’il accusait de bloquer ses réformes, a été évincé, provoquant des centaines de manifestants chaque jour malgré les frappes russes intensifiées sur la capitale. Sur les réseaux sociaux, le départ de Syrsky et l’arrivée de Drapaty, proche de Fedorov, suscitent un engouement. Sous un post Telegram de l’activiste Serhiy Sternenko, des internautes saluent un « homme empli de bonté », « honorable et intègre », tandis que d’autres expriment des attentes concrètes : « Maintenant, monsieur le Commandant en chef, brûlez Moscou. »

Du « boucher » au « héros » de Marioupol

Oleksandre Syrsky, 60 ans, n’a pas réussi à se défaire de sa réputation de général à la mentalité soviétique. Après la bataille de Bakhmout, l’opinion publique l’a tenu responsable de dizaines de milliers de morts, lui accolant le surnom de « boucher ». « Oleksandr Syrsky menait une "guerre à la papa soviétique". Sa génération a été formée à l’époque soviétique et n’hésite pas à envoyer des hommes à la mort pour quelques kilomètres carrés », analyse Carole Grimaud, spécialiste de la Russie. Selon le directeur de la CIA, l’espérance de vie d’un soldat russe n’est que de 20 à 30 minutes sur le front ukrainien.

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Mykhaïlo Drapaty, un héros moderne

Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, incarne une vision plus moderne, proche de celle de Fedorov. En juin 2025, il a démissionné de son poste de commandant des forces terrestres après le bombardement d’un terrain d’entraînement près de Dnipro qui a tué 12 soldats. Il fait partie d’un courant plus jeune prônant une guerre technologique et à distance, notamment via les drones, pour économiser les vies. Drapaty est auréolé d’une réputation de héros de guerre : en 2014, il a percé les barricades séparatistes à Marioupol aux commandes d’un blindé BMP, sauvant plusieurs centaines de soldats. Il a également contribué à la libération de Kherson en 2022. « Ces images montrent qu’il est capable d’aller sur le terrain et de comprendre les soldats », note Grimaud.

Un choix salué par les experts

Rob Lee, chercheur au Foreign Policy Research Institute, estimait dans le Kyiv Independent que « compte tenu de son expérience, de sa réputation et de l’importance qu’il accorde aux réformes, Drapaty serait un excellent choix ». Il est respecté pour sa capacité à demander l’avis de ses subordonnés, contrairement à la gestion verticale de Syrsky.

Pas de « tournant majeur » attendu

Malgré sa popularité, Drapaty ne pourra pas résoudre les faiblesses structurelles de l’armée ukrainienne. « Un changement de chef ne résoudra pas les difficultés : le manque de soldat, l’énergie des centrales pilonnées, les bombardements », souligne Grimaud, pour qui il ne faut pas espérer un « tournant majeur ». La nomination intervient dans un contexte de détérioration sécuritaire : une hausse de 37 % des victimes civiles au premier semestre 2026 et une lassitude face à la jeunesse sacrifiée. Des dizaines de milliers d’Ukrainiens ont été tués depuis le début du conflit.

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