Quinze ans après les attentats du 22 juillet 2011 qui ont fait 77 morts en Norvège, les survivants de l'attaque d'Utøya expriment leur amertume. Ils constatent que les idées du néonazi Anders Behring Breivik se sont banalisées dans l'espace public norvégien.
Un sentiment de trahison
« Nous avons l'impression que la société a oublié la leçon », confie Lars, 32 ans, qui a survécu au massacre sur l'île d'Utøya. « Les idées que Breivik défendait, comme la lutte contre l'immigration et la défense de la culture norvégienne, sont aujourd'hui reprises par des partis politiques respectables. »
Selon un sondage réalisé en 2025 par l'institut Norstat, 28 % des Norvégiens estiment que l'immigration est trop élevée, contre 18 % en 2011. Le Parti du progrès (Fremskrittspartiet), formation populiste de droite, a obtenu 14,5 % des voix aux élections législatives de 2025, soit son meilleur score depuis 2013.
La banalisation des discours extrémistes
« Ce qui était considéré comme inacceptable il y a quinze ans est devenu monnaie courante dans les débats publics », déplore Ingrid, 29 ans, rescapée d'Utøya. « Les politiciens utilisent un langage qui rappelle celui de Breivik, sans pour autant être condamnés. »
Le chercheur en sciences politiques Jørgen Falnes, de l'Université d'Oslo, confirme cette tendance : « La rhétorique anti-immigration et islamophobe s'est normalisée. Des partis comme le Parti du progrès ont intégré des éléments du discours de Breivik, mais en les adoucissant pour les rendre acceptables. »
L'impact sur les survivants
Pour les survivants, cette évolution est douloureuse. « Chaque fois que j'entends un politicien dire que l'islam menace notre culture, je revois les yeux de Breivik », confie Lars. « C'est comme si son héritage continuait de vivre. »
Un rapport du ministère de la Justice norvégien, publié en janvier 2026, indique que le nombre de signalements pour discours de haine a augmenté de 40 % depuis 2011. Les cibles principales sont les musulmans, les immigrés et les minorités ethniques.
Une mémoire collective en danger
L'association des victimes du 22 juillet, dirigée par Lisbeth Røyneland, lutte pour préserver la mémoire des attentats. « Nous organisons des commémorations et des ateliers dans les écoles, mais nous sentons que l'attention diminue », explique-t-elle. « Les jeunes générations ne comprennent pas toujours la gravité de ce qui s'est passé. »
En 2025, le gouvernement norvégien a réduit de 15 % le budget alloué aux programmes de prévention de la radicalisation, malgré les recommandations des experts. « C'est un signal inquiétant », estime Falnes. « On sous-estime la menace que représentent les idées extrémistes. »
Un appel à la vigilance
Les survivants appellent à ne pas baisser la garde. « Nous devons nous rappeler que le 22 juillet 2011 n'était pas un accident, mais le résultat d'une idéologie qui continue de se répandre », avertit Ingrid. « Si nous ne faisons rien, cela pourrait se reproduire. »
Le 22 juillet 2026, une cérémonie est prévue à Oslo en présence du roi Harald V et de la première ministre. Les survivants espèrent que cet anniversaire sera l'occasion de renouveler l'engagement contre la haine et l'extrémisme.



