Pakistan et Afghanistan déclarent une trêve pour l'Aïd après un bombardement meurtrier sur un hôpital
Trêve Pakistan-Afghanistan après bombardement d'hôpital

Une trêve fragile annoncée après des mois de conflit sanglant

Après des mois d'affrontements violents, le Pakistan et l'Afghanistan ont déclaré mercredi une trêve temporaire à l'occasion de la fête de l'Aïd el-Fitr. Cette annonce intervient dans un contexte particulièrement tendu, seulement deux jours après un bombardement dévastateur mené par l'aviation pakistanaise sur un hôpital pour toxicomanes à Kaboul, qui a causé des centaines de victimes civiles.

Une frappe meurtrière condamnée internationalement

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a fermement condamné cette attaque aérienne, la qualifiant de plus meurtrière depuis le début du conflit entre les deux nations voisines. « Les établissements médicaux doivent être respectés et protégés selon le droit international », a-t-il rappelé avec insistance, soulignant la gravité de cette violation.

Selon les autorités talibanes afghanes, le bombardement de lundi soir a fait 408 morts et 265 blessés parmi les patients et le personnel soignant. L'hôpital ciblé accueillait environ 2 000 personnes souffrant d'addiction venues de tout le pays. Islamabad a nié avoir délibérément visé ce centre médical, affirmant plutôt cibler des objectifs « militaires et terroristes ».

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Des funérailles sous haute tension

Mercredi, plus de 50 victimes ont été enterrées lors d'une cérémonie funéraire à Kaboul, sous une pluie battante et un important dispositif de sécurité. Des volontaires du Croissant-Rouge ont déposé de simples cercueils en bois dans une tombe commune fraîchement creusée sur une colline de la capitale afghane.

Le ministre afghan de l'Intérieur a déclaré lors de la cérémonie : « Aujourd'hui est un jour triste. Les Afghans vivent des jours difficiles, et nous les vengerons. Nous ne sommes pas faibles, vous verrez les conséquences de vos crimes », s'adressant directement aux forces pakistanaises.

Une trêve sous conditions et médiation

La trêve annoncée entrera en vigueur jeudi à 19 heures GMT et se prolongera jusqu'à dimanche prochain à la même heure, couvrant ainsi toute la durée des célébrations de l'Aïd el-Fitr. Les deux gouvernements ont précisé que cette pause dans les hostilités intervenait « à la demande de pays islamiques amis, l'Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie ».

Cependant, cette trêve reste précaire. Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid, a averti que son pays « répondra avec courage à toute agression ». De son côté, le Pakistan a affirmé être prêt à répliquer vigoureusement en cas d'attaque.

Des scènes d'horreur décrites par les humanitaires

Jacopo Caridi, directeur pour l'Afghanistan du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), a décrit des scènes particulièrement choquantes sur le site du bombardement : « Certaines parties étaient complètement détruites. Nous avons vu beaucoup de morceaux de cadavres disséminés ». Il a confirmé indépendamment le bilan très lourd, évoquant des centaines de morts et de blessés.

Le processus d'identification des victimes se poursuit, et d'autres corps seront inhumés dans leurs régions d'origine selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur afghan, Abdul Mateen Qani.

Appels à la diplomatie et enquête internationale

Sirajuddin Haqqani, figure importante des talibans afghans, a laissé entrevoir une possible résolution diplomatique du conflit : « Nous ne voulons pas la guerre, mais la situation est arrivée à ça, nous essayons de résoudre le problème par la diplomatie ».

Le Haut-commissariat de l'ONU aux réfugiés a réclamé mardi une enquête « rapide » et « indépendante » sur cette frappe meurtrière. De nombreux appels se sont multipliés pour un cessez-le-feu immédiat entre les deux pays, face à l'augmentation dramatique des victimes civiles depuis l'intensification des affrontements le 26 février.

Un conflit aux racines profondes

Le Pakistan accuse l'Afghanistan d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP), responsables selon Islamabad d'attaques meurtrières sur son territoire. Le gouvernement taliban afghan dément catégoriquement ces accusations.

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Selon un bilan de l'ONU publié mardi (ne tenant pas compte de la frappe sur l'hôpital), au moins 76 civils afghans ont été tués depuis le 26 février, et plus de 115 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur de l'Afghanistan en raison des combats.