Une percée décisive dans l'État d'Al-Jazirah
L'armée soudanaise a annoncé mardi 28 juillet une avancée stratégique majeure dans l'État d'Al-Jazirah, au sud de Khartoum, après plus de six mois de stagnation du front face aux Forces de soutien rapide (FSR). Selon des sources militaires, les troupes gouvernementales ont repris le contrôle de la ville de Wad Madani, capitale de l'État, ainsi que de plusieurs bases logistiques des FSR.
Cette progression, qualifiée de « tournant » par un porte-parole de l'armée sous couvert d'anonymat, a été rendue possible par un renforcement des lignes d'approvisionnement et l'arrivée de nouvelles armes lourdes. Les combats ont duré trois jours et ont causé la mort d'au moins 150 combattants des deux camps, selon un bilan provisoire non confirmé.
Un contexte de guerre totale
Depuis le début du conflit en avril 2023, les FSR contrôlaient une grande partie du centre et de l'ouest du Soudan. Mais l'armée régulière, bénéficiant d'un soutien aérien accru et de munitions de précision, a progressivement inversé la tendance. « Nous avons désormais l'initiative sur plusieurs axes », a déclaré le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l'armée, dans une allocution télévisée.
L'avancée de l'armée s'accompagne d'une situation humanitaire catastrophique. Plus de 10 millions de personnes ont été déplacées depuis le début du conflit, et près de 25 millions ont besoin d'aide alimentaire, selon l'ONU. Les hôpitaux de Wad Madani, pris pour cible à plusieurs reprises, peinent à soigner les blessés.
Réactions internationales et risque d'escalade
La communauté internationale a appelé à la retenue. L'Union africaine a condamné les violences et proposé une médiation, tandis que les États-Unis ont réitéré leur soutien à un cessez-le-feu. Mais les FSR, dirigées par Mohamed Hamdan Daglo, ont promis de « poursuivre la lutte jusqu'à la victoire ». Des analystes estiment que cette avancée pourrait prolonger le conflit au lieu de le résoudre.
Sur le terrain, les habitants de Wad Madani décrivent des scènes de désolation. « Les rues sont jonchées de cadavres, les magasins pillés, et l'eau potable manque cruellement », témoigne un médecin de l'hôpital local joint par téléphone. L'armée affirme avoir ouvert des couloirs humanitaires, mais les organisations non gouvernementales dénoncent des entraves persistantes.
Quelles conséquences pour la suite ?
Si cette avancée conforte la position de l'armée, elle ne garantit pas la fin de la guerre. Les FSR conservent des bastions dans le Darfour et le Kordofan. Par ailleurs, des divisions internes au sein de l'armée pourraient freiner la reconquête. Des experts s'interrogent sur la capacité du général al-Burhan à maintenir l'unité de ses troupes face à des factions rivales.
En parallèle, les pourparlers de paix, parrainés par l'Arabie saoudite et les États-Unis, sont au point mort depuis mai. Les FSR exigent des garanties politiques avant tout cessez-le-feu, tandis que l'armée conditionne tout dialogue à un retrait préalable des FSR des zones civiles. L'impasse diplomatique semble totale, malgré l'urgence humanitaire.



