Une réélection qui révèle une radicalisation profonde
Vladimir Fédorovski, diplomate et écrivain russe d'origine ukrainienne, auteur de "Napoléon face à la Russie" (chez Balland), livre son analyse après la réélection de Vladimir Poutine. Selon lui, les résultats de l'élection doivent être pris au sérieux : ils montrent une radicalisation du pays, du pouvoir, mais aussi de l'opinion. Il souligne que l'opposition est encore plus radicale que Poutine.
Les racines de la popularité de Poutine
Pour comprendre ce qui s'est passé, Fédorovski remonte au début de la guerre en Ukraine. Au départ, Poutine n'était pas si populaire. Sa montée dans les sondages a commencé après l'interdiction des ouvrages de Dostoïevski dans une obscure université de Milan. Cela a été le signal pour les Russes que l'Occident n'était pas contre Poutine, mais contre eux. Certains pays ont ensuite parlé de mettre la Russie à genoux avec les sanctions. Or, comme l'explique Fédorovski dans son livre, Napoléon l'avait bien analysé : les Russes ont un grand sens du patriotisme. C'est cela qui a surgi dans les urnes. Il précise que ce score était attendu par la CIA.
Une élection verrouillée mais une popularité réelle
Fédorovski reconnaît que ce score est aussi le reflet d'une élection qui n'était pas libre. Poutine a verrouillé le système, s'inspirant des Chinois. Bien qu'il ait écrit quatre livres critiques sur Poutine, Fédorovski affirme qu'il ne faut pas se leurrer : sa popularité est une réalité.
Vers une nouvelle élite anti-occidentale
Interrogé sur le renforcement du pouvoir de Poutine après la dérive répressive et autoritaire pointée par Emmanuel Macron, Fédorovski répond que c'est ce qu'il est en train de faire. Les pro-Occidentaux, comme lui, avaient déjà perdu toute influence en Russie. Les élections sont une étape majeure : une nouvelle élite émergera, marquée par l'esprit anti-occidental, et s'orientera vers l'Asie, considérant que l'Europe a perdu son âme. "Ce sera une Russie forteresse, face à l'Occident", déclare-t-il.
Un durcissement déjà perceptible et une longue rupture
Fédorovski estime qu'il faut s'attendre à une longue période de rupture avec l'Occident, avec un triomphe de la propagande anti-occidentale en Russie et d'une certaine russophobie en Occident. L'Occident est passé, depuis le début de la guerre en Ukraine, des vertiges de l'illusion aux illusions perdues quand la contre-offensive ukrainienne a échoué, puis à l'ivresse de la fuite en avant. Il s'oriente aujourd'hui vers une "vietnamisation" et une "palestinisation" du conflit.
Des risques de guerre mondiale
Sur le plan militaire, Fédorovski juge la situation dramatique : "la guerre mondiale nous guette". Il se dit très inquiet et estime qu'Emmanuel Macron partage cette inquiétude, ce qui explique ses propos n'excluant pas l'envoi de troupes au sol. Selon lui, un échec retentissant attend l'Occident, et le président français essaie de trouver une solution, mais elle n'apparaît pas pour l'instant.
La réaction de Poutine aux propos de Macron
Concernant la réaction de Vladimir Poutine après les propos d'Emmanuel Macron, Fédorovski note que le président russe n'a jamais mentionné son nom, mais a dit que si les Occidentaux envoient des forces sur place, il faut s'attendre à une escalade sans précédent. Il conclut : "Il faut le prendre au sérieux."



