Le nombre de signalements pour radicalisation a augmenté de 39 % au Royaume-Uni en 2025, selon des chiffres officiels publiés jeudi 6 août. Au total, 10 000 cas ont été rapportés, contre 7 200 l'année précédente, un niveau jamais atteint depuis la création du dispositif de signalement en 2015.
Un dispositif sous tension
Le programme Prevent, chargé de recueillir ces signalements, a enregistré une hausse particulièrement marquée dans les catégories liées à l'extrémisme islamiste et à l'extrême droite. Selon le ministère de l'Intérieur, les signalements pour extrémisme islamiste représentent 45 % du total, tandis que ceux liés à l'extrême droite atteignent 30 %.
Cette augmentation intervient dans un contexte de menaces terroristes jugées "diversifiées et complexes" par les autorités. Les services de sécurité ont déjoué plusieurs attentats ces derniers mois, notamment des projets visant des centres commerciaux et des événements publics.
Des causes multiples
Les experts attribuent cette hausse à plusieurs facteurs : la propagation de contenus radicaux en ligne, les tensions sociales et économiques, ainsi que l'impact de conflits internationaux. "La radicalisation se nourrit de l'instabilité mondiale et des réseaux sociaux qui amplifient les discours extrémistes", explique un analyste du centre de réflexion RUSI.
Le gouvernement a annoncé un renforcement du programme Prevent, avec un budget supplémentaire de 50 millions de livres sterling pour former davantage de travailleurs sociaux et d'enseignants à détecter les signes de radicalisation. "Nous devons agir en amont pour protéger les plus vulnérables", a déclaré la ministre de l'Intérieur, Priti Patel, dans un communiqué.
Des critiques sur l'efficacité
Malgré ces mesures, des voix s'élèvent pour critiquer l'efficacité du dispositif. Certains estiment que les signalements ne reflètent pas toujours une réelle menace et que le programme pourrait stigmatiser certaines communautés. "Il y a un risque de sur-signalement, avec des conséquences sur les libertés civiles", souligne un rapport de l'ONG Liberty.
Les autorités locales, en première ligne, peinent à suivre le rythme. "Nous recevons deux fois plus de dossiers qu'il y a deux ans, mais nos équipes n'ont pas été renforcées à la hauteur", confie un responsable municipal de Birmingham.
Un défi pour la société britannique
Cette hausse des signalements pose la question de l'équilibre entre sécurité et prévention. Le gouvernement assure que le programme Prevent a permis d'éviter des attentats et de sortir des centaines de personnes de la radicalisation. En 2025, 1 200 personnes ont bénéficié d'un accompagnement personnalisé.
Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l'impact des nouvelles mesures. Le ministère de l'Intérieur prévoit de publier un rapport détaillé sur l'efficacité du dispositif d'ici la fin de l'année.



