Réouverture symbolique de l'aéroport de Goma dans un contexte diplomatique tendu
Jeudi 12 février 2025 constitue une date hautement symbolique pour la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo. L'aéroport international, fermé depuis la prise de la ville par l'AFC/M23 soutenu par le Rwanda le 26 janvier 2025, a vu sa piste reprendre vie avec l'atterrissage d'un appareil transportant la représentante spéciale par intérim des Nations unies. Vivian Van de Perre est arrivée à bord d'un hélicoptère dans une ville encore sous tension, marquant ce qu'elle espère être le début d'une réouverture progressive au bénéfice de la population.
Une séquence diplomatique cruciale pour la stabilisation régionale
Au-delà du symbole, cette arrivée s'inscrit dans une séquence diplomatique plus large visant à préparer le déploiement concret du mécanisme conjoint de suivi et de vérification du cessez-le-feu. Ce dispositif représente la pierre angulaire d'un accord encore fragile dans cette région instable. La cheffe par intérim de la MONUSCO a rencontré les responsables de l'AFC/M23 pour des discussions concrètes sur la traduction effective de l'accord signé sous médiation qatarie.
Vivian Van de Perre a insisté sur la nécessité de dépasser les déclarations d'intention, rappelant l'importance de traduire rapidement les engagements en dispositions opérationnelles claires, crédibles et vérifiables sur le terrain. Cette approche s'aligne avec la résolution 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies et le cadre établi à Doha le 14 octobre.
L'architecture complexe du mécanisme de vérification
Le dispositif prévoit deux niveaux complémentaires de supervision. D'un côté, le mécanisme de supervision et de vérification du cessez-le-feu (COVM) sert d'instance politique et décisionnelle chargée de piloter l'ensemble du processus. De l'autre, le Mécanisme conjoint élargi de vérification (EJVM+) agit comme bras opérationnel déployé sur le terrain pour constater les faits, enquêter sur les violations potentielles et suivre l'évolution de la situation sécuritaire et humanitaire.
Les vérifications sont menées par des équipes conjointes composées à parts égales de représentants des deux parties, avec la MONUSCO assurant la coordination logistique essentielle en matière de transport et de communications. Ce système dispose théoriquement d'un accès sans restriction aux lignes de front selon ses termes de référence.
Supervision régionale et engagements internationaux
Le dispositif est placé sous la responsabilité de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), comme entériné lors de son sommet en Zambie en janvier 2025. Parallèlement, le président Félix Tshisekedi a annoncé accepter « le principe d'un cessez-le-feu » proposé par João Manuel Gonçalves Lourenço, mandaté par l'Union africaine.
La proposition angolaise prévoit une entrée en vigueur le 18 février à midi, sous réserve de confirmation par toutes les parties concernées. À ce stade, l'absence de déclaration officielle de l'AFC/M23 rappelle combien la situation reste suspendue aux rapports de force sur le terrain.
Déploiement progressif des Casques bleus et défis persistants
Jean-Pierre Lacroix, chef des opérations de paix des Nations unies, a confirmé que la MONUSCO procédera au déploiement de Casques bleus à Uvira, dans le Sud-Kivu, pour appuyer la mise en œuvre progressive d'un cessez-le-feu permanent. Ce déploiement sera échelonné et dépendra des garanties offertes pour la sûreté du personnel et des biens des Nations unies.
L'accord de Doha prévoit le gel des positions militaires, l'arrêt de tout renforcement offensif, l'interdiction de modifier le statu quo, la protection des civils et le respect du droit international humanitaire. Sur le papier, l'architecture est complète, mais sur le terrain, elle reste à éprouver dans un contexte où le cessez-le-feu demeure largement théorique malgré les avancées diplomatiques récentes.



