Netanyahou capitalise sur l'offensive israélienne en Iran
Partir en guerre aux côtés de Donald Trump présente un avantage notable : toute l'attention médiatique se concentre sur le président américain, ce qui ne lui déplaît certainement pas. Pourtant, dans la conduite des opérations militaires contre l'Iran, les Israéliens apparaissent bien plus comme des égaux des Américains que comme des partenaires subalternes. Dès le premier jour de l'attaque, près de 200 avions israéliens ont frappé plus de 500 cibles sur le sol iranien. Malgré cette démonstration de force, les médias occidentaux persistent à se focaliser sur la "guerre de Trump".
Une opportunité historique pour Israël
L'issue de ce conflit demeure incertaine, tout comme l'évolution de l'Iran après la mort d'Ali Khamenei. Le régime de Téhéran va-t-il se radicaliser, s'effondrer ou connaître un destin similaire au Venezuela ? D'ores et déjà, un grand gagnant émerge clairement : Benyamin Netanyahou.
Il y a trois ans, les militaires israéliens n'avaient que deux obsessions principales : le Hezbollah à la frontière libanaise et le régime islamique iranien, perçu comme la plus grande menace existentielle pour l'État juif. À l'époque, presque plus personne ne semblait se préoccuper de Gaza et du Hamas, que l'on croyait sous contrôle grâce à la technologie israélienne, aux financements qataris et aux revenus des travailleurs gazaouis autorisés en Israël.
Le 7 octobre 2023, décidé par Yahya Sinouar sans consultation avec le parrain iranien, a constitué à la fois un désastre du renseignement israélien – dont Netanyahou n'a toujours pas rendu compte – et une incroyable opportunité historique pour se débarrasser de "l'axe de la résistance" centré autour de Téhéran.
Un bilan militaire spectaculaire
Plus de deux ans après le jour le plus tragique de l'histoire d'Israël, le bilan de Tsahal et du Mossad est impressionnant : le Hamas a été décimé, Hassan Nasrallah, charismatique chef du Hezbollah, a été tué par une frappe, tandis que son organisation s'est retrouvée humiliée par l'opération des bipeurs. L'allié iranien Bachar el-Assad a dû fuir honteusement vers Moscou. Mais Benyamin Netanyahou vient d'obtenir son trophée le plus prestigieux avec la mort d'Ali Khamenei.
Victime d'hybris, le leader chiite n'avait sans doute pas anticipé que le Premier ministre israélien parviendrait à convaincre Donald Trump de déclencher une telle offensive.
Des intérêts divergents entre Netanyahou et Trump
Bien que partenaires, Netanyahou et Trump ont des enjeux très différents dans cette attaque. Ancien propriétaire de casinos, le président américain a pris un pari risqué et pourrait perdre gros. Élu sur la promesse de mettre fin aux "guerres éternelles", sa base Maga n'apprécie guère les aventures étrangères, et cette intervention en Iran était initialement très impopulaire aux États-Unis.
Moins d'un tiers des Américains estimaient qu'il fallait prendre des mesures militaires contre Téhéran. Si le prix du pétrole s'envole en raison d'une crise durable au Moyen-Orient, Trump devra répondre à son électorat, particulièrement sensible au coût de la vie et à l'inflation.
Sur le plan géopolitique, le président américain doit composer avec des alliés arabes, très généreux pour ses investissements personnels, qui ont tout fait pour empêcher cette attaque par souci de stabilité régionale. En guise de remerciements, ces pays se retrouvent aujourd'hui durement frappés par les représailles iraniennes.
La position avantageuse de Netanyahou
Benyamin Netanyahou ne partage pas ces préoccupations. Si l'armée israélienne craignait légitimement les missiles iraniens, la population israélienne est majoritairement prête à des sacrifices pour éliminer une menace existentielle. Sa décision d'attaquer l'Iran moins d'un an après la "guerre des Douze Jours" a été saluée, y compris par ses détracteurs habituels.
"Enfin une guerre juste !" a déclaré dans The Economist Yair Lapid, qui se décrit comme son "rival politique le plus féroce". "Au cours de toutes mes années en politique, je ne me souviens pas d'un tel consensus sur un sujet quelconque", a assuré l'ancien Premier ministre.
Ne faisant jamais de distinction entre l'avenir du pays et son propre avenir politique, le fin stratège Netanyahou voit dans cette situation une opportunité pour remporter les prochaines élections législatives, qu'il pourrait anticiper par une dissolution. Contrairement à Donald Trump qui préfère les opérations courtes, le gouvernement israélien a proclamé l'état d'urgence jusqu'au 12 mars, signe de sa volonté de profiter au maximum de cette séquence pour bombarder l'Iran.
Conséquences régionales et alliances
Même s'il a appelé la population iranienne à renverser le régime, l'avenir de l'Iran importe bien moins à Benyamin Netanyahou qu'à Donald Trump ou à Mohammed ben Salmane. Pour les Israéliens, seule compte l'affaiblissement durable du pays sur le plan militaire, la privation de programme nucléaire et la vaccination contre les obsessions antisionistes et islamistes.
Dans ce qui ressemble à une démarche suicidaire, le Hezbollah vient d'offrir un cadeau supplémentaire à Netanyahou en frappant Israël en réaction à la mort de Khamenei. Une occasion en or pour l'armée israélienne de repasser à l'offensive au sud du Liban. Israël pourrait aussi cibler le dernier maillon de "l'axe de la résistance", les Houthistes au Yémen.
Sur le plan géopolitique, la démonstration de force israélienne n'aura échappé à personne au Moyen-Orient. "On voit qu'Israël est la grande puissance de la région, qui peut frapper n'importe qui et n'importe quand", souligne Bernard Haykel. De quoi attirer des États arabes conscients de la volatilité de la protection américaine.
Ces derniers mois, le rapprochement attendu entre Tel Aviv et Riyad s'était éloigné en raison du scandale humanitaire à Gaza et des rivalités entre Émirats arabes unis et Arabie saoudite. Mais les ripostes iraniennes contre les pays du Golfe poussent à une alliance informelle entre Israël, États-Unis, Émirats arabes unis et Arabie saoudite. La radicalisation du régime iranien pourrait concrétiser ce que les accords d'Abraham n'avaient pas réussi à réaliser en temps de paix.



