Le président argentin Javier Milei a annoncé, jeudi 3 septembre lors d'une intervention sur la chaîne publique TV Publica, son intention de prendre des « mesures plus fortes » contre tout projet pétrolier offshore mené près des îles Malouines. Il a justifié cette décision en dénonçant une tentative de « vol sur les ressources » de son pays. Cette déclaration s'inscrit dans le cadre de la revendication historique de souveraineté argentine sur cet archipel, situé à quelques centaines de kilomètres des côtes sud-américaines, mais contrôlé par le Royaume-Uni.
Un revirement stratégique pour Milei
Depuis son arrivée au pouvoir en 2023, Javier Milei n'avait pas fait de la question des Malouines une priorité. Peu après son élection, il avait même confié au Wall Street Journal avoir « décidé d'entretenir des relations responsables » avec Londres. Cependant, le contexte politique intérieur a évolué. Malgré sa victoire aux élections de mi-mandat en novembre 2025, la popularité du président décline. En juillet dernier, son soutien a chuté de 37 %, notamment en raison de la hausse du chômage. Face à cette érosion, Milei a choisi de contre-attaquer sur le dossier des Malouines.
Un facteur déterminant a joué en sa faveur : l'attitude de Donald Trump. Plus tôt dans la semaine, le président américain a laissé entendre qu'il pourrait modifier sa position sur les Malouines. Actuellement, Washington reconnaît le contrôle britannique de l'archipel tout en restant neutre sur la question de la souveraineté. Un revirement de l'administration Trump représenterait une offensive diplomatique contre Londres et le nouveau Premier ministre britannique, Andy Burnham.
Un soutien américain conditionnel
Interrogé directement sur sa position dans ce conflit territorial lors d'une interview sur la chaîne GB News, Donald Trump a esquivé en répondant : « votre pays n'était pas là pour m'aider », en référence au conflit qui l'oppose à l'Iran. Par ailleurs, un courriel provenant du Pentagone, consulté par Reuters, suggérait que retirer le soutien américain aux Britanniques sur les Malouines serait un moyen de punir la Grande-Bretagne pour la guerre en Iran. De son côté, le gouvernement d'Andy Burnham a affirmé que les îles « sont et resteront un territoire britannique d'outre-mer ».
Javier Milei est conscient que sans l'appui américain, une reprise des Malouines serait « impossible ». Il a donc saisi cette opportunité pour qualifier cet enjeu de « sujet sacré » pour son pays. La revendication de ce territoire est profondément ancrée dans la société argentine. Elle est inscrite dans la Constitution depuis 1994 : la première disposition transitoire fait de la récupération des îles Malouines un « objectif permanent et irrévocable » du peuple argentin. Lors de la finale de la Coupe du Monde entre l'Espagne et l'Argentine en juillet, deux joueurs argentins ont d'ailleurs brandi une banderole revendiquant la souveraineté argentine sur les îles.
Un conflit historique et des positions figées
L'archipel, composé de deux îles principales et de nombreuses autres plus petites, a été découvert par les Européens dans les années 1500. Après l'indépendance de l'Argentine en 1816, le pays s'est considéré comme l'héritier des territoires espagnols. Lorsque le Royaume-Uni a pris le contrôle des îles en 1833, l'Argentine a immédiatement contesté. Le différend a atteint son paroxysme le 2 avril 1982, lorsque la dictature argentine, en proie à une crise économique, a déployé plusieurs milliers de soldats pour prendre le territoire. La Grande-Bretagne a riposté et repris le contrôle après 74 jours d'affrontements, au prix de près de 650 soldats argentins et 250 Britanniques tués.
Depuis, un référendum a été organisé auprès des quelque 3 600 résidents de l'île. En 2013, ils ont voté à 99,8 % pour le maintien du statu quo. Les îles disposent d'une large autonomie dans la gestion de leurs affaires intérieures, tandis que le Royaume-Uni reste responsable de leur défense et de leur politique étrangère, avec une présence militaire et des avions de chasse. Javier Milei a rappelé jeudi que les habitants des Malouines n'ont aucun droit à l'autodétermination car ils sont une « population implantée sur un territoire usurpé ». Il a également affirmé que tout référendum organisé auprès des habitants est invalide.



