Ukraine : élections et référendum sous pression américaine pour mai 2026
Élections en Ukraine : ultimatum américain pour mai 2026

Un ultimatum américain pour des élections en Ukraine

Les citoyens ukrainiens pourraient être appelés à se rendre aux urnes dans un avenir proche. Selon des informations du Financial Times, le président Volodymyr Zelensky devrait annoncer le 24 février, date anniversaire de l'invasion russe, la tenue d'une élection présidentielle. Cette annonce fait suite à une demande pressante des États-Unis, émanant directement de l'administration de Donald Trump.

Un calendrier imposé par Washington

L'ultimatum américain est clair : l'Ukraine doit organiser les deux tours du scrutin présidentiel pour le 15 mai 2026 au plus tard. En cas de non-respect de cette échéance, le pays risquerait de perdre les garanties de sécurité cruciales fournies par Washington. Le rendez-vous électoral serait double, car les Ukrainiens devraient également se prononcer, via un référendum obligatoire, sur un accord de paix avec la Russie. Cet accord prévoirait la cession des territoires contestés de Donetsk et de Lougansk, une mesure qui nécessite une consultation populaire en raison du principe constitutionnel d'indivisibilité du territoire ukrainien.

Volodymyr Zelensky a confirmé cette approche aux journalistes du Financial Times, déclarant : "Ils ont dit qu'ils voulaient tout faire d'ici juin […] pour que la guerre prenne fin". L'objectif avoué de Washington serait de clôturer le dossier ukrainien afin de se concentrer pleinement sur les élections de mi-mandat américaines prévues en novembre 2026.

Des défis logistiques et politiques immenses

Cet agenda et ces exigences sont perçus comme intenables par de nombreux responsables ukrainiens et occidentaux interrogés par le quotidien britannique. Le scepticisme règne quant à la coopération réelle de Vladimir Poutine dans ce processus. Par ailleurs, la perspective d'organiser un scrutin en pleine guerre, sous loi martiale, ne suscite pas l'enthousiasme à Kiev.

Depuis des mois, le président Zelensky a répété l'impossibilité de tenir des élections dans ces conditions, malgré les instances répétées de Donald Trump. Ce dernier s'était déjà plaint en décembre 2025 à une journaliste de Politico, utilisant une rhétorique proche de celle du Kremlin : "Les Ukrainiens n'ont pas organisé d'élection depuis longtemps… Ils parlent de démocratie, mais arrive un moment où ce n'est plus une démocratie". Une narration qui suggère que Zelensky serait illégitime depuis mai 2024, date théorique de fin de son mandat.

Les obstacles juridiques et sécuritaires

Kiev n'a pourtant jamais totalement fermé la porte à cette échéance démocratique. En décembre 2025, Zelensky avait même lancé un appel : "Je demande aux États-Unis de m'aider, peut-être avec nos collègues européens, à garantir la sécurité pour l'organisation d'élections… Et alors, dans les 60 à 90 prochains jours, l'Ukraine sera prête". La problématique reste entière avec des millions de déplacés, environ 20% du territoire sous occupation russe, et une opinion publique majoritairement défavorable.

Comme le soulignait déjà L'Express en décembre, si 22% des Ukrainiens soutiennent des élections après un cessez-le-feu sécurisé, près des deux tiers estiment qu'elles ne devraient se tenir qu'après la fin totale de la guerre, selon l'Institut international de sociologie de Kiev. "Même chez les opposants de Zelensky, une majorité refuse des élections", observait Anton Hrouchetskyi, son directeur.

Une préparation sous contrainte

Face aux pressions américaines, Kiev a anticipé l'ultimatum. Dès le 11 décembre, le président a demandé aux députés d'élaborer des amendements permettant d'organiser des élections sous loi martiale. Les législateurs font face à un travail colossal, car le code électoral actuel, après près de quatre ans de guerre, est largement obsolète.

  • La condition de résidence continue en Ukraine durant les dix dernières années pour tout candidat à la présidence exclut de facto les réfugiés et prisonniers de guerre.
  • La détermination des communes où le vote serait impossible pour raisons de sécurité pose un problème majeur.
  • La mise à jour du registre électoral et la question de la légitimité d'un scrutin où soldats, déplacés et réfugiés ne pourraient physiquement voter restent en suspens.

Le Parlement ukrainien prévoit d'examiner ces dossiers entre mars et avril, un délai extrêmement court alors que la commission électorale nationale évoquait un besoin de six mois pour relancer le processus après la fin de la loi martiale.

La menace des ingérences et des divisions

Le scrutin est exposé à une autre menace redoutable : celle des ingérences russes. Selon Olha Aivazovska, présidente du conseil d'administration de l'ONG Opora, spécialisée dans la surveillance électorale, sans cessez-le-feu, la Russie pourrait facilement perturber le vote. Elle a souligné dans le Financial Times que l'omniprésence des drones russes "menace les bureaux de vote dans toute l'Ukraine". En novembre, elle alertait déjà L'Express : "Le risque d'ingérence russe est de 100 %. La Russie a systématiquement instrumentalisé le processus politique en Ukraine".

La perspective de rivalités politiques internes génère également des craintes profondes. Le maire de Kiev, Vitali Klitschko, a déclaré au journal britannique : "La compétition politique pendant la guerre est néfaste", ajoutant : "Nous pouvons détruire le pays de l'intérieur [ce qui est] l'objectif de la Russie".

Pour certains experts, cependant, la crainte d'affrontements politiques est exagérée. Si la popularité de Volodymyr Zelensky a effectivement décliné depuis le début du conflit, son entourage ne doute pas de sa réélection, surtout si le vote présidentiel est couplé à celui du référendum sur l'accord de paix, un scénario qui pourrait galvaniser l'unité nationale autour d'une décision historique.